Vers la fin du chapitre 9 de l’épître aux Romains, on remarque que Paul approfondit le concept du « Reste » au sein d’Israël ; il ne se contente pas de nous demander de le croire sur parole, mais il fait appel à des témoins, à partir du verset 25.

 

Et, en bon juriste juif, où Paul trouve-t-il ces témoins ? Dans les Écritures hébraïques. Il se tourne d’abord vers Osée, puis à plusieurs reprises vers Ésaïe. En abordant le chapitre 10, il continue d’invoquer les prophètes d’Israël et — point crucial pour notre étude d’aujourd’hui — Moïse, ainsi que la Torah elle-même.

 

Ce qui suit, à partir de Romains 9. 25, constitue un magnifique récit de l’histoire d’Israël à travers la prophétie. À partir de ce moment, Paul cite sept passages empruntés à deux prophètes, Osée et Ésaïe, qu’il entremêle habilement pour appuyer son argumentation.

 

Son premier témoin est Osée. Paul commence ainsi dans Romains 9. 25-26 : « …selon qu’Il le dit en Osée : « J’appellerai « mon peuple » celui qui n’était pas mon peuple, et « bien-aimée » celle qui n’était pas bien-aimée. Et là où on leur disait : « Vous n’êtes pas mon peuple », ils seront appelés fils du Dieu vivant.” » Une question importante se pose immédiatement : de qui Osée parle-t-il lorsqu’il évoque ceux qui « n’étaient pas son peuple » ? Tout au long de l’histoire de l’Église, beaucoup ont répondu qu’il s’agit des non-Juifs. Ils affirment que ces derniers n’étaient pas le peuple de Dieu et que, désormais, grâce à l’Évangile, ils le sont devenus et qu’ils constituent l’Église. Pourtant, il y a un problème. Ce n’est pas de ces personnes qu’Osée parlait, pas plus que dans les six autres citations qui suivent. Revenons à la prophétie d’Osée et lisons la phrase en entier : « Cependant, le nombre des fils d’Israël sera comme le sable de la mer… et il arrivera que, là où on leur disait : « Vous n’êtes pas mon peuple », on leur dira : « Vous êtes les fils du Dieu vivant. » (Osée 1. 10) Qui sont ceux qu’Osée désigne comme « n’étant pas son peuple » ? Osée lui-même nous le dit : « les fils d’Israël ». Il existe de nombreuses prophéties concernant le salut des non-Juifs, mais jamais, dans les Écritures hébraïques, les non-Juifs n’ont été qualifiés de « mon peuple ». Osée décrit Israël sous le coup du jugement et, finalement, restauré par Dieu.

 

Il est toutefois significatif que même ceux qui appliquent ce passage à l’Église ne vont généralement pas jusqu’à lui appliquer les six passages suivants, ni aucune des citations tirées des Écritures hébraïques qui les accompagnent. Ces passages sont pourtant clairement compris comme se rapportant à Israël. Ainsi, les deux « peuples » se trouvent au sein d’Israël : le Reste croyant et la majorité incrédule. Pourtant, tous deux font partie d’Israël, et chaque Israélite participe à l’histoire nationale de l’ensemble. Cette distinction est essentielle pour comprendre tant l’histoire de la nation d’Israël que son avenir prophétique. L’argumentation de Paul est renforcée par sa citation du prophète Ésaïe en Romains 9. 29 : « Si le Seigneur des armées ne nous avait laissé une postérité, nous serions devenus comme Sodome, nous aurions été semblables à Gomorrhe. » Israël a survécu parce que Dieu a préservé une postérité, un Reste. Et ce Reste n’a jamais disparu. Il a existé à l’époque de Daniel. Il a existé à l’époque de Paul. Et il existe à notre époque.

 

Qui constitue le reste d’Israël aujourd’hui ? Au sein de ce reste figurent les Juifs croyants en Yeshua — les Juifs messianiques —, ces descendants de la nation d’Israël qui ont reconnu leur Messie tout en demeurant membres de ce peuple. La communauté des Juifs messianiques est la preuve vivante que Dieu est toujours à l’œuvre au sein d’Israël. Leur existence actuelle témoigne également de la véracité des paroles de Paul : « De même, à l’heure actuelle, il y a un Reste selon l’élection de la grâce » (Romains 11. 5). Ce Reste d’aujourd’hui atteste la fidélité de Dieu envers Israël. Or, le Dieu qui a préservé un Reste durant la période d’incrédulité d’Israël est le même Dieu qui, un jour, accomplira toutes les promesses qu’Il a faites à la nation. Mais quel était le problème pour la grande majorité d’Israël ? Comment le peuple a-t-il pu s’éloigner à ce point de Dieu ? Paul nous l’explique. À la fin du chapitre 9 de l’épître aux Romains, il associe deux prophéties tirées d’Ésaïe 28 et aussi Chapitre 8, affirmant qu’ils ont trébuché sur la pierre d’achoppement, conformément à ce qui est écrit : « Voici, Je place en Sion une pierre d’achoppement et un rocher de scandale, et celui qui croit en Lui ne sera pas déçu » (Romains 9. 32-33).

 

Voici un fait marquant. Dans la prophétie originale d’Ésaïe, la Pierre n’est pas simplement une doctrine ou une idée ; la Pierre est le Seigneur Lui-même — le Seigneur des armées. Nous voyons comment Ésaïe et Paul divisent Israël en deux groupes : pour l’un, Il est — Lui, le Seigneur des armées — un sanctuaire, tandis que pour les autres, Il est une pierre d’achoppement. Mais comment le Seigneur Lui-même a-t-il pu devenir une telle pierre d’achoppement pour la majorité du peuple même qu’Il avait choisi pour porter Sa Parole ? La portée de cette déclaration se mesure peut-être au fait que les dirigeants d’Israël ont rejeté le Messie en personne. Peu de gens réalisent toute l’ampleur de leur rejet du Sauveur d’Israël. Pour le croyant, Dieu est notre sanctuaire, notre « miqdash » —on désignait ainsi le Tabernacle — et l’accès en est ouvert à tous ceux qui ont fait de Yeshua leur Sauveur.

 

 

Visionner : Romains 9-11, 4e partie – De la Torah au Messie