Au fil des siècles, notre garde-robe a connu des évolutions marquantes. Dans les années ‘20, les rebords sont remontés jusqu’au genou et les robes ont adopté une coupe plus ample, rompant avec les corsets de type victoriens autrefois très répandus.
Les années ‘40 ont vu les femmes être autorisées à porter le pantalon comme tenue quotidienne acceptable. Dans les années ‘60, la minijupe a connu un immense succès, tandis que les années ‘70 ont popularisé les emblématiques pantalons « pattes d’éléphant » assortis de chaussures à semelles compensées à plateforme.
Dans les années ‘90, le jean à pattes d’éléphant a laissé place à des modèles déchirés et usés. Les années 2000 ont quant à elles introduit les jeans taille très basse, les poches ornées de paillettes brillantes et les rebords effilochés.
Si l’histoire de la mode et la quête d’une expression individuelle à travers l’habillement constituent un enjeu en soi, on observe aujourd’hui une évolution manifeste de la garde-robe juive. Dans un contexte de recrudescence de l’antisémitisme, certaines organisations telles que l’A.J.C. (American Jewish Committee- Le Comité Juif Américain) signalent qu’une grande majorité de Juifs ont retiré de leurs garde-robes les éléments qui permettent de les identifier comme tels, par exemple la kippa ou divers symboles religieux portés en bijoux (l’étoile de David, par exemple). Ces signes extérieurs et ces objets affichant ouvertement l’appartenance ethnique, culturelle ou religieuse sont délaissés car ils sont devenus des cibles de harcèlement, voire d’agressions physiques. Le journal The Guardian rapporte que, dans plusieurs pays — dont l’Allemagne —, les Juifs ont été mis en garde contre le port de ces objets, susceptibles d’accroître les risques pour leur sécurité. Ce changement contraint les habitudes vestimentaires mais a toutefois donné naissance à de nouvelles pratiques : nombre de Juifs orthodoxes portent désormais leur kippa sous une casquette de baseball, tandis que les bijoux et les tzitzit (franges attachées à un sous-vêtement) sont dissimulés de la vue de tous.
Une profonde ironie se dégage de cette situation, tout en révélant un message constant. À travers l’habillement, deux extrêmes de l’antisémitisme se manifestent. Dans le premier cas, il y a 80 ans, durant la Seconde guerre mondiale — alors que les femmes avaient légitimement obtenu le droit de porter des pantalons et d’exprimer leur personnalité par leurs vêtements —, les Juifs étaient légalement contraints de révéler leur identité en arborant l’étoile jaune frappée du mot « Jude ». Ils étaient forcés de rendre visible leur judéité, sous peine de mort en cas de refus. Aujourd’hui, une dynamique inverse pousse nombre d’entre eux à se rendre invisibles. D’un côté, on exigeait l’affichage de leur identité, ce qui, pour beaucoup, a inévitablement conduit à la moquerie, à la persécution et, finalement, à la mort. De l’autre, à notre époque, les individus éprouvent la même angoisse et la même peur, contraints cette fois de dissimuler qui ils sont vraiment. Deux extrêmes, donc, tous deux engendrés par la montée de l’antisémitisme, et qui, dans les deux cas, avilissent le peuple juif.
Que pouvons-nous faire ? Soutenez le peuple juif et manifestez votre appui. Diverses organisations juives proposent des conseils sur la manière d’agir en tant qu’alliés durant cette période. En voici quelques exemples : si vous êtes témoin du harcèlement d’une personne portant une kippa ou d’autres symboles du judaïsme, ne restez pas un simple spectateur passif. Cherchez plutôt un moyen sûr de soutenir la victime et d’aider à contrer la menace. Lors de conversations informelles avec vos collègues, ne laissez pas passer les blagues antisémites sans réagir. Faites entendre votre voix. Nous sommes également appelés à signaler tout commentaire antisémite ou toute théorie du complot sur les réseaux sociaux afin de freiner la propagation de la haine. Témoignez votre soutien à vos amis juifs et affirmez votre attachement à leurs libertés. Dites-leur que vous aimez le Dieu d’Israël. Vous pouvez aussi soutenir les institutions juives, visiter des lieux de mémoire consacrés à la Shoah et vous informer sur l’histoire juive ainsi que sur les grandes figures juives qui ont marqué le monde moderne. Fréquentez les institutions culturelles. Faites vos achats dans des commerces juifs pour témoigner votre solidarité. Nous connaissons ce qu’annoncent les prophéties. Mais dès aujourd’hui, nous devons aspirer à être jugés comme des brebis et non comme des boucs, selon ce que nous lisons en Matthieu chapitre 25.