Le chapitre 16 du Lévitique est l’un des plus singuliers de toute la Torah. Tout au long des Écritures, Dieu révèle souvent sa vérité de manière progressive, fragment par fragment, entraînant le lecteur attentif plus profondément dans sa Parole. Mais dans le chapitre 16 du Lévitique, les détails sont particulièrement frappants.

 

Nous y découvrons un sacrifice extraordinaire impliquant deux boucs : l’un est placé sur l’autel pour être sacrifié, tandis que l’autre — un bouc mystérieux — est envoyé vivant dans le désert, vers un être nommé Azazel. Alors que ce bouc disparaît dans le désert, un événement inhabituel se produit. Le récit s’interrompt brusquement. Le texte ne nous en dit pas davantage. Pourquoi ? Où est la suite de l’histoire ?

 

Mais avant d’aborder le cas du bouc, examinons le rôle du Souverain sacrificateur. Lui seul était autorisé à pénétrer en la présence de Dieu lors du Yom Kippour seulement, et il le faisait en se conformant à des règles extrêmement strictes. Le Talmud rapporte, par exemple, que sept jours avant Yom Kippour, le Souverain sacrificateur était installé dans une pièce spéciale du Temple afin de répéter inlassablement tous les gestes rituels requis. On craignait qu’il ne soit frappé de mort, comme le furent les deux fils d’Aaron au chapitre 10 du Lévitique.

 

La nuit précédant la veille de Yom Kippour, on veillait à ce que le Souverain sacrificateur reste éveillé toute la nuit, par crainte qu’il ne soit souillé par des rêves. Pour éviter qu’il ne s’assoupisse, voici ce qu’on lui faisait subir — je cite le Talmud : les autres prêtres le maintenaient éveillé en claquant des doigts, sans le toucher ; s’il ne parvenait pas à garder les yeux ouverts, on le faisait marcher sur le dallage froid de la cour du Temple (M. Yoma 1. 1-7). De quoi réveiller n’importe qui, car les nuits sont froides à Jérusalem en septembre et en octobre.

 

Fatigué ou non, il devait être prêt pour le jour même du Yom Kippour. Ce jour-là, la Torah imposait au Souverain sacrificateur cinq changements de vêtements, des immersions complètes ainsi que 10 ablutions des mains et des pieds, car il devait pénétrer quatre fois dans le Saint des Saints au cours de la journée, chaque entrée nécessitant une cérémonie complète. Au-delà de cette cérémonie des plus sacrées, l’étude approfondie du chapitre révèle d’autres aspects intrigants. Remarquez l’insistance particulière du texte sur l’offrande pour le péché (chatat). Elle est mentionnée 10 fois en huit versets, comme pour attirer notre attention.

 

Mais cette insistance nous amène peut-être aussi à remarquer autre chose : l’absence totale d’un autre sacrifice important, l’asham (offrande de culpabilité), souvent cité aux côtés du premier. Les anciens rabbins avaient relevé cette absence. Ils avaient compris que Yom Kippour n’annulait pas pour autant l’obligation d’apporter un asham. Le Talmud stipule que quiconque était tenu d’apporter une telle offrande avant Yom Kippour restait « tenu de l’apporter après le Jour des Expiations » (b. Keritot 25a). L’asham concernait tout particulièrement une culpabilité exigeant réparation et restitution. Il ne véhiculait pas seulement l’idée d’un péché nécessitant le pardon, mais celle d’une responsabilité, d’une dette qu’il fallait honorer. Dans de nombreux cas, une restitution était requise en plus du sacrifice. Si le sacrifice de l’asham est absent, comment la réparation pour le péché sera-t-elle accomplie ?

 

Une fois de plus, nous nous trouvons face à un chapitre chargé d’une portée messianique. Fait remarquable, ce qui semble mystérieux dans la cérémonie commence à trouver sa cohérence dans la personne et l’œuvre du Messie. Le chapitre nous laisse en quête de réponses, mais finit par nous diriger vers Lui. Le sacrifice absent de Lévitique 16 (l’asham) apparaît soudainement, nommé explicitement, dans ce grand passage messianique d’Ésaïe 53. 7-9 : « Il a été maltraité et opprimé, tel un agneau qu’on mène à la boucherie...  Il a été retranché de la terre des vivants… ». Et pourquoi est-Il mort ? « Pour la transgression de mon peuple… » Puis nous lisons Ésaïe 53. 10 : « Il se livrera lui-même en offrande de culpabilité. » Ici, nous trouvons le mot hébreu asham (אָשָׁם). L’offrande même qui faisait défaut lors de la cérémonie de Yom Kippour décrite dans Lévitique 16 est placée sur le Serviteur lui-même dans Ésaïe 53. C’est donc le bouc de Lévitique chapitre 16 qui nous oriente vers « asham » (offrande pour le délit) manquant. La réponse se trouve dans le Messie. Il porte le péché. Il porte la culpabilité. Il règle la dette. C’est ainsi que Yom Kippour nous renvoie, de manière parfaite, à Yeshua.

 

Mais un autre élément revêt ici une grande puissance : la tradition du ruban rouge, que le Talmud désignait sous le nom de lashon shel zehorit — littéralement, une « langue cramoisie ». Lors de l’office de Yom Kippour (à l’époque du second temple), le bouc chargé d’emporter les péchés d’Israël portait un ruban rouge entre les cornes. Un second ruban était également fixé à l’entrée du Temple.

 

Or, voici ce qui est fascinant : le Talmud lui-même rapporte : ce ruban rouge — qui virait normalement au blanc, signe du pardon divin — cessa de changer de couleur à partir de l’an 30 de notre ère, soit 40 ans avant la destruction du Temple. »  Que s’est-il passé à ce moment-là ? Yeshua a été crucifié, est mort et est ressuscité. Désormais, tout pardon se trouvait en Lui et par Lui.

 

Considérons maintenant ce qui s’est passé dans le livre des Actes, lorsque l’Esprit — le Ruah HaKodesh — est descendu sur les croyants : « Des langues semblables à des langues de feu leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux » (Actes 2. 3).

 

Les nombreux disciples de Yeshua ont sans doute fait le rapprochement ; ils avaient l’habitude de voir, chaque année à Yom Kippour, ce ruban rouge en forme de langue fixé à l’entrée du Temple. Mais depuis la grande œuvre d’expiation définitive accomplie par Yeshua, c’était désormais l’Esprit qui venait leur rappeler que leurs péchés étaient pardonnés pour toujours. Ce même mot, lashon (langue), était employé par les rabbins pour désigner le ruban cramoisi et par Luc pour décrire les langues de feu sur les disciples. Ce que les rabbins recherchaient dans la « langue » (le ruban) cramoisie se retrouvait désormais dans ces langues de feu reposant sur les disciples. Et chose merveilleuse : jusque dans leurs propres écrits, le Seigneur a laissé ici et là des indices et des signes pour ramener Son peuple à Lui.

 

 

Visionner : Yom Kippour 2026 – Qui ou qu’est-ce qu’Azazel ? Le mystère des deux boucs.