Ce passage de Malachie condamne les sacrificateurs d’Israël. Pourtant, à y regarder de plus près, on perçoit un lien profond entre leur propre rejet et celui d’Ésaü. Verset après verset, un schéma se dessine, et cette relation troublante devient évidente. Les sacrificateurs ont pris le rôle d’un nouvel Ésaü, d’un nouvel Édom, au sein même d’Israël. On le voit dans ces mots : « Ô sacrificateurs qui méprisez mon nom ! »

 

Dans l’Écriture, le sens d’un mot est important, mais ses premières occurrences et son usage tout au long de la Bible le sont tout autant. Le mot « mépriser », bazah, n’apparaît qu’une seule fois dans la Genèse, chapitre 25 verset 34, où Ésaü méprise son droit d’aînesse. Il considère comme sans valeur ce que Dieu lui a donné. Ce mot apparaît de nouveau en Nombres 15. 31, où sa seule occurrence dans ce livre décrit une personne rebelle dont le Seigneur dit qu’il « a méprisé la parole du Seigneur. » Une fois encore, le mot bazah est lié au rejet délibéré et à la rébellion spirituelle.

 

Ces passages révèlent toute la portée de ce mot. Bien qu’il apparaisse moins de quarante fois dans l’Écriture, il est employé deux fois dans Ésaïe 53. 3, la prophétie concernant la venue du Messie : « Il était méprisé et abandonné des hommes… Il était méprisé, et son aspect n’avait rien pour nous plaire. » Le parallèle est frappant. Le mépris de son droit d’aînesse de la part d’Ésaü fait écho à ce passage d’Ésaïe, illustrant le rejet du peuple de la Parole de Dieu et du Serviteur, le Messie qu’Il a envoyé. Malachie approfondit cette réalité, révélant que ce mépris n’est rien de moins qu’un rejet de Dieu lui-même, en tant que Père et en tant que Maître.

 

Ce texte révèle également un autre aspect profondément révélateur du pouvoir et de la persistance des systèmes religieux. Avez-vous remarqué les réponses des sacrificateurs aux reproches adressés par Dieu ? Ils sont totalement aveugles à la réalité de leur rébellion. Au verset 6, lorsque le Seigneur leur dit qu’ils ont méprisé son nom, ils répondent : « En quoi avons-nous méprisé Ton nom ? » Au verset 7, lorsque le Seigneur leur dit qu’ils ont profané son autel, ils répondent : « En quoi t’avons-nous profané ? »

 

Il s’agit en réalité d’un oubli d’identité. Lorsque nous oublions qui est Dieu, inévitablement nous oublions qui nous sommes réellement. Et lorsque l’identité est perdue, l’honneur dû s’estompe, le respect s’affaiblit et le culte devient mécanique.

 

De l’époque d’Esdras à celle de Malachie, il n’a pas fallu longtemps pour qu’ils s’éloignent tellement de la Parole pure et simple de Dieu qu’elle tombe dans l’oubli. C’est comme quelqu’un qui se tient dans une pièce enfumée, toussant et haletant, tout en insistant sur le fait que tout va bien. Les signes sont évidents pour tous les autres, et pourtant l’aveuglement s’est installé. Il s’agit là en réalité d’une identité oubliée. Lorsque nous oublions qui est Dieu, nous oublions inévitablement qui nous sommes. Et lorsque l’identité est perdue, l’honneur s’estompe, le respect s’affaiblit et le culte devient mécanique. Malachie nous enseigne cette vérité qui donne à réfléchir : le déclin spirituel ne commence pas toujours par la rébellion mais bien plutôt par l’amnésie.

 

C’est dans ce texte que la colère de Dieu, son juste châtiment, est très bien illustrée dans Malachie. C’est à ce moment que le Seigneur inflige aux sacrificateurs le même jugement que pour Édom comme on peut lire dans Malachie 2. 3 : « Je détruirai vos semences ». C’est une façon modérée de dire : « J’anéantirai ta descendance. » Le reste du verset compte parmi les passages les plus percutants des Écritures, où Dieu traite ces sacrificateurs comme étant pires que des déchets : sa haine absolue du mal s’y manifeste.

 

Cependant, là encore, les paroles de Dieu nous interpellent : si le Seigneur réprimande la descendance sacerdotale, cela signifie-t-il que le sacerdoce en Israël disparaîtrait ? Si le sacerdoce en Israël disparaît, cela signifie-t-il qu’Israël lui-même disparaîtra ? Dieu nous en préserve !

 

Ce dilemme est abordé au cœur du Nouveau Testament, dans le Brit Chadashah, en Romains 9. 6. Là, après avoir cité Malachie et évoqué la chute de nombreux Israélites, l’apôtre résout le problème en disant : « Mais ce n’est pas que la parole de Dieu soit restée sans effet. Car tous ceux qui sont d’Israël ne sont pas Israël. »

 

Que veut dire Paul par : « Car tous ceux qui sont d’Israël ne sont pas Israël » ? Ici, Paul établit une distinction entre ceux qui, en Israël, croient et ceux qui ne croient pas. Il ne compare pas du tout Juifs et non-Juifs, car ces derniers ne peuvent se réclamer d’Israël, nul personne ne pouvant changer son ascendance. Israël, ou un Juif, est par définition un descendant d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; nul ne peut se convertir à cette identité. Comme le demande Jérémie, « un léopard peut-il changer ses taches ? » (Jérémie 13. 23).

 

Paul cite Romains 9:29, qui reprend Ésaïe 1. 9 : « Si l’Éternel des armées ne nous avait pas laissé une descendance, nous serions devenus comme Sodome, nous serions devenus comme Gomorrhe. » Sans un reste en Israël, Israël n’existerait pas ; ce Reste, c’est-à-dire la partie croyante d’Israël, soutient la nation tout entière. Ceci se reflète dans les prophètes et dans le Brit Chadashah.

 

La vérité selon laquelle un Reste fidèle soutient toute la nation ne se limite pas à Israël ; elle est aussi clairement présente au sein de l’Église visible. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire juive ; c’est aussi une réalité spirituelle universelle. Yeshua lui-même le déclare sans équivoque dans Matthieu 7. 21 : « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : « Seigneur, Seigneur ! » qui entreront dans le royaume des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »

 

Tous ceux qui appellent Jésus « Seigneur » n’iront pas au ciel. Seuls ceux qui le suivent véritablement, qui ont été baptisés spirituellement dans le Corps du Messie et qui font la volonté du Père se verront pouvoir entrer au ciel. C’est à ce Reste fidèle que l’entrée est promise. L’Écriture affirme constamment que ceux qui connaissent véritablement le Seigneur, le Messie des Écritures, héritent de la vie éternelle. Parce que cette vérité est si importante, Yeshua la répète sans cesse dans les Évangiles, en particulier dans les paraboles du Royaume.

 

Dans la parabole de la semence, seul un des quatre types de sols (ou terres) produit des fruits durables. Dans celle du blé et de l’ivraie, l’ivraie pousse aux côtés du blé, cherchant même à l’étouffer. Et dans celle de la graine de moutarde, une petite plante devient anormalement grande, un arbre immense qui domine ce qui était censé rester pur et bien gardé. À l’époque, on n’autorisait pas la pousse de cette plante en ville, afin qu’elle n’envahisse pas tout le quartier.

 

Ces paraboles mettent en lumière un point essentiel : la différence entre l’Église visible et l’Église invisible. L’Église visible est l’expression extérieure et manifeste de la chrétienté, comprenant de nombreuses pratiques et ordonnances visibles, et elle inclut à la fois des croyants et non-croyants. L’Église invisible, quant à elle, est composée uniquement des vrais croyants, fidèles et dévoués. Or, Yeshua a laissé des instructions à ce sujet. En Matthieu 13, les versets 28 à 30, ces deux entités devaient coexister jusqu’à un certain moment, comme Yeshua l’a dit : « Les serviteurs lui dirent : « Veux-tu donc que nous allions les arracher ? » Mais il répondit : « Non, car en arrachant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les croître ensemble jusqu’à la moisson, et, au temps de la moisson, Je dirai aux moissonneurs : « Ramassez d’abord l’ivraie et liez-la en gerbes pour la brûler ; puis, amassez le blé dans mon grenier. »

 

Ce qui est vrai pour Israël l’est également pour l’Église. Chaque individu doit se tourner vers Dieu à travers les Écritures et examiner honnêtement sa propre position spirituelle, pour s’assurer d’être du bon côté pour l’éternité.

 

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