Nous poursuivons avec le chapitre 1 de Malachie, où la question d’Israël : « En quoi nous as-tu aimés ? » trouve sa réponse. Le Seigneur répond : « Ésaü n’était-il pas le frère de Jacob ? Pourtant, J’ai aimé Jacob, mais J’ai haï Ésaü. »
À première vue, la réponse de Dieu peut sembler surprenante, voire troublante. Elle paraît indirecte et même injuste. Pourtant, elle révèle une vérité profonde et puissante. Premièrement, pourquoi Dieu répond-il ainsi ? Deuxièmement, comment cela révèle-t-il la profondeur de son amour pour Israël ?
Tout d’abord, ce que fait le Seigneur ici, c’est ramener Israël à ses origines mêmes, au moment de sa naissance en Jacob, ce même Jacob dont le nom fut changé en Israël, et de qui sont issues les douze tribus. À travers Jacob, Israël a vu le jour.
En ramenant le peuple à ce moment décisif, Dieu fait cette déclaration profonde : « J’étais avec vous dès le commencement. » Avant même qu’Israël existe en tant que nation, Il était déjà présent. De leur conception jusqu’à leur appel, jamais Il ne les a abandonnés.
Jusqu’ici, ça va, mais qu’en est-il de la déclaration suivante ? Pourquoi mentionner Ésaü, le frère jumeau de Jacob, et comment comprendre cette haine envers Ésaü : « J’ai aimé Jacob et J’ai haï Ésaü » ?
Certains mots de l’Écriture frappent le lecteur avec une force particulière, l’obligeant à s’arrêter et à s’interroger sur leur signification. Ici, Dieu déclare qu’Il a aimé l’un et rejeté l’autre, avant même leur naissance. Comment est-ce possible, et est-ce juste ?
Le temps n’a pas atténué la portée de ces paroles. Lorsque Paul évoque le mystère de l’appel d’Israël dans les chapitres 9 à 11 de l’épître aux Romains, il est revenu à la déclaration de Malachie et l’a placée au cœur de son argumentation. Paul y pose la question même qui résonne encore aujourd’hui. « Comme il est écrit : « J’ai aimé Jacob, et J’ai haï Ésaü. » Que dirons-nous donc ? Y a-t-il en Dieu de l’injustice ? Loin de là ! » (Romains 9. 13-14). Et Paul répond : Dieu nous en préserve !
Comment, dès lors, comprendre ces paroles ? Que révèlent-elles au sujet de la justice de Dieu, de sa souveraineté et de son amour ? Ce que Paul explique et que le Seigneur souligne ici, c’est l’omniscience de Dieu, sa connaissance parfaite du passé, du présent et de l’avenir, qui est au cœur de sa souveraineté. Le jugement de Dieu concernant Ésaü n’était ni arbitraire ni impulsif ; il était fondé sur sa prescience de ce qu’Ésaü deviendrait. Sa réaction envers Ésaü reflète sa connaissance divine et non l’injustice.
La difficulté surgit lorsque nous projetons notre compréhension humaine des mots et des émotions sur un Dieu infini, juste et saint. L’Écriture nous rappelle à maintes reprises que Dieu n’est pas un homme.
La haine humaine est souvent motivée par la vengeance, la violence, les préjugés ou l’orgueil blessé. La haine de Dieu est toute autre. Elle est plutôt son opposition absolue au mal et son rejet total du péché, de l’injustice et de la corruption. Cette opposition est parfaitement sainte et totalement exempte de ténèbres, car « Dieu est lumière, et il n’y a pas en lui de ténèbres » (1 Jean 1. 5). Comme le déclare David : « L’Éternel est juste dans toutes ses voies. » (Psaume 145. 17). Lorsque Dieu hait, Il ne le fait pas comme un être humain imparfait réagissant sous l’emprise de la passion, mais comme un juste Juge agissant dans une sainteté, une vérité et un amour parfaits.
Et qu’en est-il d’Ésaü ? Pourquoi s’attarder sur Ésaü ? Avant même sa naissance, Dieu connaissait cet homme et détestait, avant même de le condamner, il haïssait la voie qu’il allait choisir, comme l’histoire le démontra par la suite.
L’Esprit de Dieu nous résume l’histoire d’Ésaü, même 2000 ans après sa naissance, dans Hébreux 12. 16-17 : « Qu’il n’y ait pas d’homme immoral ni d’impie comme Ésaü, qui vendit son droit d’aînesse pour un repas. Vous savez que, plus tard, lorsqu’il voulut obtenir la bénédiction, il fut rejeté, parce qu’il ne trouva pas de repentance, bien qu’il la sollicitât avec larmes. »
L’auteur de l’épître aux Hébreux, s’adressant à ceux qui renient le Seigneur et se retirent de l’assemblée de Dieu, utilise délibérément l’exemple d’Ésaü. Cet homme est un exemple frappant de celui qui a méprisé la grâce de Dieu, rejeté son amour et, finalement, choisi de s’en éloigner.
Ésaü était le premier-né d’Isaac. De lui donc devait venir la lignée du Messie, mais il vendit son droit d’aînesse pour un morceau de pain. Il vendit ce qui est spirituel pour ce qui est terrestre. C’est l’histoire de tous ceux qui sont venus et qui, après qu’on leur offrit le salut et la grâce autant qu’ils le désirèrent, mais pourtant les refusèrent.
Après cela… il se sentit coupable. Il est écrit qu’il se repentit et pleura, mais il ne put tromper Dieu, qui savait que son repentir n’était pas sincère et que ses larmes étaient hypocrites. Mais Dieu a vu ces choses avant même la naissance de l’homme : c’est ce qui nous est révélé dans Malachie et dans l’épître aux Romains.
Cependant, il y a un point important à ajouter à l’omniscience de Dieu : bien qu’il sache ce que l’individu deviendra, il ne le condamne pas avant que celui-ci ne révèle sa véritable nature. Au contraire, et c’est merveilleux, la Bible montre que le Seigneur œuvrera continuellement avec lui afin qu’il ne chute pas et revienne à Lui. « Car Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique. » Jean 3.16.
Dieu aime ce monde, même en sachant que la plupart des gens le rejetteront à la fin. Judas l’Iscariot, qui a trahi Jésus, en est un exemple frappant. Pourtant, il a côtoyé Yeshua pendant trois ans. Dieu savait depuis le début que Judas le trahirait, et pourtant, Il l’aimait.
Lors de la Cène, quand Il annonça que l’un des douze disciples le trahirait, les onze autres ignoraient de qui il s’agissait, car l’amour de Yeshua était réparti équitablement entre eux, ne faisant aucune distinction. Avant même que Judas ne parte le trahir, Jésus lui lava les pieds : un témoignage magnifique de l’amour et de la patience de Dieu. Pharaon est un autre exemple frappant. Dieu savait dès le départ que Pharaon ne changerait pas d’avis, et pourtant, il lui laissa tout le temps nécessaire pour se repentir.
Mais finalement, nous lisons que Dieu a endurci son cœur, et beaucoup estiment injuste que Dieu soit intervenu pour endurcir son cœur. Ils ne réalisent pas ce que le texte dit, à savoir que Pharaon avait endurci son propre cœur à de nombreuses reprises avant que Dieu ne le fasse.
Tout comme Pharaon a endurci son cœur et que de terribles châtiments s’en sont suivis, nous observons une histoire similaire avec Ésaü. Si Dieu hait, c’est parce que l’homme a fermé son cœur à toutes les tentatives divines d’amour et de grâce et choisit plutôt le mal, forçant ainsi Dieu à fermer la porte. La « haine » de Dieu n’est pas l’obscurité en Lui, mais plutôt la lumière qui refuse de transiger avec les ténèbres.
Visionner : Malachie 2e partie – J’ai aimé Jacob – J’ai haï Esau. Est-ce juste?