
VAV and SHIN
À travers cinq visions remarquables, Amos est transporté bien au-delà de sa propre génération et montre des scènes de jugement solennelles et inoubliables. Les images sont vives, les avertissements sont sévères et le message est livré avec une intensité croissante. Ces visions surpassent même les prophéties antérieures, aussi remarquables soient-elles, tant par leur portée que par leur force. À travers la dure sévérité de ces 5 visions, le lecteur découvre, de la manière très puissante, que le Seigneur n’oubliera jamais Israël.
Le premier exemple de la promesse de protection de Dieu apparaît au chapitre 7, aux versets 2 et 5, où on peut lire le nom hébreu : Jacob. Le nom, mentionné lors du jugement, n’est pas orthographié de la manière habituelle. Dans les deux cas, il contient une lettre hébraïque supplémentaire : un « vav » (ו).
Pourquoi est-ce important ? En parcourant le Tanakh, nous constatons que les rabbins ont découvert que cette orthographe inhabituelle du nom de Jacob n’apparaît que seulement cinq fois. Dans chacun de ces passages, Dieu réaffirme sa fidélité à son alliance envers Israël. C’est comme si, à travers le jugement, Il affirmait encore et encore son élection et son amour pour Jacob et Israël.
Le premier « vav » supplémentaire apparaît dans la prophétie de Moïse au sujet des souffrances, de la dispersion et de la restauration éventuelle d’Israël en Lévitique chapitre 26. Après avoir décrit un jugement sévère, la prophétie se termine par des mots encourageants : « Alors, Je me souviendrai de mon alliance avec Jacob » (Lévitique 26. 42). Dans ce verset, le nom de Jacob contient le « vav » supplémentaire. La même orthographe apparaît dans les prophéties de restauration de Jérémie : « Ainsi parle l’Éternel : Voici, Je rétablirai la fortune de Jacob… » (Jérémie 30. 18). Nous trouvons la même orthographe irrégulière pour Jacob en Jérémie 31. 11, « Car l’Éternel a racheté Jacob… ». Ensuite, il y a Amos. À deux reprises, au milieu de certaines des prophéties les plus sévères concernant Israël, le nom de Jacob apparaît avec cette même lettre supplémentaire. C’est comme si, au milieu de la tempête, Dieu rappelait doucement à son peuple : « Je suis toujours là. Je n’ai pas oublié mon alliance. Le jugement arrive, mais mes promesses demeurent. » La lettre hébraïque « vav » est la sixième lettre de l’alphabet hébreu et signifie souvent « et ». La prophétie est sombre. Le jugement est sévère. Les visions sont effrayantes. Mais il y a un « et » : malgré les souffrances d’Israël, Dieu se souviendra de son alliance. La nation sera disciplinée mais Dieu la restaurera. La tempête viendra mais les promesses de Dieu demeureront.
Le deuxième exemple de la promesse de protection de Dieu apparaît dans l’orthographe inhabituelle d’un autre nom cette fois, Isaac. En Amos 7. 9 on lit : « Les hauts lieux d’Isaac seront dans la désolation. » Dans les Écritures, Isaac s’écrit normalement יִצְחָק (Yitzhak). Ici, cependant, Amos l’écrit יִשְׂחָק (Yishak). Une lettre a changé. Le « tsadeh » (צ) est devenu la lettre « sin » (שׂ). Les anciens traducteurs de la Septante, du Targum et d’autres versions ignoraient largement la différence, considérant que les deux orthographes faisaient référence à la même personne, soit le patriarche Isaac. Pourtant, cette orthographe inhabituelle apparaît deux fois, en Amos 7. 9 et de nouveau dans Amos 7. 16. Pourquoi Amos l’a-t-il écrit de cette façon ? Nous ne le savons pas avec certitude. Le texte lui-même ne propose aucune explication. Pourtant, peut-être que l’orthographe inhabituelle est destinée à nous faire faire une pause et à regarder cela de plus près. Le nom Isaac signifie habituellement « rire ». Il évoque la joie de la promesse de Dieu, la naissance miraculeuse du fils de l’alliance et la fidélité de Dieu à sa parole. Ce changement de lettre, d’une certaine manière, nous rappelle que même s’il n’y a ni rire ni joie au milieu des jugements, Isaac est toujours debout. La nation peut être disciplinée, les hauts lieux peuvent être détruits et le pays peut souffrir, mais l’alliance de Dieu elle, reste intacte. Ainsi, dans une prophétie de jugement se cache un rappel d’espérance : le Dieu qui juge Israël est aussi le Dieu qui garde ses promesses.
La nouvelle lettre, « shin » (ש), a longtemps été associée dans la pensée juive au nom Shaddai, l’un des noms de Dieu, soulignant sa puissance et sa suffisance. Cela nous rappelle le Dieu Tout-Puissant qui est capable de préserver son peuple et de tenir ses promesses. C’est aussi la lettre qui figure sur la mezouza, apposée sur les montants des portes des maisons juives. Traditionnellement, le « shin » représente Shaddai, le Dieu qui veille et protège son peuple. Notamment, cette lettre a sa racine dans le mot hébreu shad, qui signifie « sein », désignant le Dieu du réconfort. Il existe deux autres exemples de ce changement de nom dans les Écritures. On le trouve dans le Psaume 105. 9 et en Jérémie 33. 26. Les deux passages soulignent également la protection divine. Dieu n’a pas abandonné son alliance. La nation peut traverser des tribulations, le pays peut être ébranlé et les hauts lieux peuvent être détruits, mais le Dieu d’Israël reste fidèle. Isaac est toujours Isaac, et Dieu veille toujours sur son peuple. Le troisième exemple de la promesse de protection de Dieu apparaît dans la cinquième vision terrifiante d’Amos, la plus terrifiante de toutes. Contrairement aux visions précédentes, celle-ci ne contient aucun dialogue. Aucune question n’est posée, aucune intercession n’est offerte et aucune pitié n’est demandée.
Amos semble bouleversé : il voit simplement le Seigneur debout sur l’autel. Pourtant, caché dans cette vision très sombre se cache un détail qui a intrigué les commentateurs pendant des siècles et qui, une fois de plus, révèle la miséricorde et l’amour de Dieu. Amos nous dit en 9. 1 : « J’ai vu Adoni debout sur l’autel. » En hébreu, on lit « sur l’autel », et non à côté, tout près ou devant l’autel, mais « sur » l’autel. L’hébreu est très spécifique : עַל־הַמִּזְבֵּחַ (al ha-mizbeach) « sur » l’autel. Pourquoi le Seigneur se tient-il là ? De nombreux commentateurs ont suggéré qu’Il se tenait au-dessus de l’autel pour inspecter les sacrifices offerts. Pourtant, plus tôt, Dieu avait déjà déclaré par le prophète que les sacrifices d’Israël étaient devenus inacceptables parce que le cœur du peuple s’était éloigné de Dieu. Il semble y avoir quelque chose de plus à cela. L’expression « sur l’autel » attire immédiatement notre attention car, tout au long de la Torah, cela est associé à plusieurs reprises au sacrifice même. Cette expression la plus ancienne bibliquement et la plus mémorable se trouve en Genèse 22, lorsqu’Isaac se retrouva sur l’autel du mont Moriah. À partir de ce moment, tout au long de l’Exode et du Lévitique, l’autel est devenu le lieu du sacrifice, de l’expiation, du pardon et de la réconciliation avec Dieu. Chaque fois qu’un Israélite entendait les mots « sur l’autel », son esprit se tournait naturellement vers les offrandes présentées devant le Seigneur.Et maintenant, après des siècles de sacrifices, après que d’innombrables agneaux, taureaux et chèvres aient été placés sur l’autel, Amos voit quelque chose de tout à fait inattendu : non pas un sacrifice sur l’autel, mais le Seigneur Lui-même debout dessus. La vision met en évidence l’ensemble du système sacrificiel. Depuis Isaac sur le mont Moriah, jusqu’aux sacrifices du Tabernacle et du Temple, et jusqu’au sacrifice du Messie sur l’autel. C’est ce qui rend Amos chapitre 9 si remarquable. La place normalement occupée par le sacrifice est désormais occupée par le Seigneur Lui-même. Le sacrifice n’est pas sur l’autel : Adoni l’est. Pourrait-il y avoir une implication messianique cachée dans cette vision ? Cet Adoni, sur l’autel, souligne sa promesse de protéger et de réconcilier jusqu’à la fin, jusqu’à la Fin des temps. Amos voit le Seigneur sur l’autel, comme promesse de couvrir Israël à chaque saison de sa vie. Amos pourrait-il attirer notre attention sur Celui qui offrirait finalement le sacrifice final et parfait, Celui qui, comme Ésaïe l’expliquera plus tard, a pris sur Lui les péchés d’Israël ?
Visionner l’étude Amos 6e partie : L’avenir d’Israël en 5 visions : D’Amos à l’Apocalypse