La tragédie que nous révèle le prophète Malachie ne s’est pas arrêtée à son époque. Elle s’est poursuivie, et au premier siècle, nous en constatons tous les effets. Yeshua lui-même l’a souligné lorsqu’il a parlé de Jean-Baptiste, le messager annoncé en Malachie 3. 1, envoyé pour préparer le chemin du Messie. Mais remarquons ce que Jésus dit du sort réservé au message des prophètes et du climat spirituel d’Israël à son époque : « Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent. Car tous les prophètes et la Loi ont prophétisé jusqu’à Jean. » (Matthieu 11. 12-13). Tout d’abord, que veut dire Jésus lorsqu’il affirme que « le royaume des cieux est forcé » ? À l’arrivée du Messager, le monde religieux était devenu si rigide et figé dans ses traditions que le Royaume lui-même était contesté, déformé, voire conquis par la force.
Concernant le mot violence : le terme grec employé ici est biazō (βιάζω), un mot rare qui n’apparaît que deux fois dans le Nouveau Testament, et qui, à chaque fois, véhicule la même idée fondamentale. En grec profane, il était souvent utilisé pour désigner une armée qui pénètre de force dans une ville et en prend le contrôle. Il véhicule une notion de domination, de contrôle, de pouvoir, voire d’oppression (LSJ). Dès lors, la question se pose : qui cherchait à s’imposer dans le royaume de Dieu ? Et qu’est-ce qui a été pris par la force ?
Ceci est expliqué par Yeshua qui dit : « Depuis le temps de Jean-Baptiste. » Que représentent les jours de Jean-Baptiste ? Ils correspondent à la longue ère prophétique qui a débuté avec Samuel, que Pierre appelle le premier de cette lignée prophétique (Actes 3. 24), et qui s’est poursuivie pendant près de 1000 ans, culminant avec Jean, le dernier prophète des Écritures en hébreu. Durant toute cette période, des forces extérieures ont constamment cherché à faire taire la voix de Dieu, à s’opposer à son message et à empêcher son royaume de progresser. Au premier siècle, ces forces avaient pris une forme très reconnaissable : le pouvoir religieux en Israël, et en particulier la classe sacerdotale.
C’est pourquoi Yeshua dit : « Car tous les prophètes et la Loi ont prophétisé jusqu’à Jean. » Nous comprenons que Jean en est le dernier représentant. Jean n’est pas venu seul. Derrière lui se tenait toute la lignée des prophètes et le témoignage de la Loi. En ce sens, Malachie prend une importance particulière. Les sacrificateurs corrompus condamnés par Malachie n’ont pas disparu ; ils ont évolué pour devenir le parti sacerdotal connu du temps de Yeshua sous le nom de « Sadducéens ».
Ce sont principalement les Sadducéens qui détenaient le véritable pouvoir au temps de Yeshua. Ils contrôlaient le Temple, dominaient le grand sacerdoce, collaboraient étroitement avec les autorités romaines et présidaient le Sanhédrin qui a condamné Yeshua. Les Pharisiens exerçaient également une grande influence, mais ces chefs sacerdotaux étaient à l’avant-garde et détenaient la véritable autorité. Les Sadducéens s’étaient considérablement éloignés de l’enseignement de la Torah. En effet, ils enseignaient qu’il n’y avait pas de résurrection, ce qui revient à saper le fondement même de la foi biblique. Et chose remarquable, ils ont même révélé leur confusion au sujet du mariage, le même sujet que l’on retrouve dans Malachie 3.
Nous lisons en Marc chapitre 12 qu’ils sont venus demander à Jésus une question absurde, non pour apprendre, mais pour se moquer de la résurrection et du mariage. Ils racontèrent l’histoire de sept frères morts l’un après l’autre, chacun ayant épousé la même femme selon la Loi, et demandèrent : « À la résurrection, quand ils ressusciteront, de qui sera-t-elle l’épouse ? » (Marc 12. 23). Yeshua leur répondit aussitôt qu’ils se trompaient, car ils ne comprenaient ni les Écritures ni la puissance de Dieu. Ils ne réalisaient même pas qu’ils s’adressaient à l’Auteur même des Écritures. Après les avoir patiemment corrigés, Jésus conclut par une sévère réprimande : « Vous êtes grandement dans l’erreur. » De plus, la prophétie contre ces sacrificateurs corrompus dans Malachie 2. 3, où le Seigneur dit : « Je vais anéantir ta descendance », semble trouver un accomplissement frappant dans l’Histoire. Après la destruction du Temple les Sadducéens disparurent complètement.
Ce qui ne veut pas dire que la lignée lévitique ait disparu, car la généalogie demeure, et l’Écriture indique qu’un sacerdoce sera de nouveau en fonction durant le Royaume millénaire. Mais les Sadducéens, avec leur système corrompu, ont été retranchés. Et c’est précisément lorsqu’ils rejetèrent Yeshua qu’ils frôlèrent la malédiction même dont Malachie les avait avertis, non pas une, mais deux fois. Quelle est donc cette malédiction ? Elle est mentionnée à deux reprises dans le livre de Malachie : Malachie 2. 2 et 3. 9, et elle est directement liée à la grande prophétie de Moïse concernant l’histoire d’Israël, depuis son entrée en Terre promise jusqu’au Second avènement du Messie.
Cette prophétie fut donnée juste avant l’entrée d’Israël en Terre promise et fut prononcée à deux reprises : d’abord dans Lévitique chapitre 26, peu après l’Exode, puis en Deutéronome chapitre 28, une quarantaine d’années plus tard, alors que la nation se trouvait aux portes de la Terre promise. Les paroles de Moïse dans ces passages sont essentielles à la compréhension d’Israël, hier, aujourd’hui et demain. Comprendre cette prophétie, c’est comprendre pourquoi l’antisémitisme n’a jamais disparu et pourquoi le peuple juif a enduré tant de souffrances au cours des 4 000 dernières années, avec seulement de brèves et rares périodes de paix.
Alors, en quoi consiste cette malédiction ? Et à quoi devons-nous nous attendre dans un avenir proche, alors que nous approchons de la fin de cette première partie de l’histoire d’Israël ? Les textes du Lévitique et du Deutéronome sont structurés de la même manière. Chaque chapitre est divisé en deux grandes parties : d’abord, les bénédictions pour Israël qui obéit aux commandements de Dieu ; ensuite, les malédictions pour Israël qui se détourne de sa Parole, comme en témoignent les prophètes, l’histoire et la situation actuelle d’Israël.
Ensemble, ces deux chapitres contiennent 147 jugements. Moïse y décrit la dispersion future du peuple juif et sa condition parmi les nations, une description qui s’est tragiquement réalisée, surtout au cours des 2 000 dernières années. En Deutéronome 28. 37, on lit : « Vous deviendrez un objet d’étonnement, un sujet de raillerie, un objet de moquerie parmi toutes les nations où l’Éternel vous chassera. »
Moïse dit qu’Israël deviendrait un proverbe, en hébreu un mashal, une parabole, quelque chose d’énigmatique et de difficile à expliquer. Et Israël est en effet précisément cela. Bien que la nation suscite souvent l’hostilité, elle demeure l’un des plus grands mystères de l’Histoire : comment un si petit peuple peut-il exercer une influence aussi énorme ?
Considérons les faits. Numériquement, le peuple juif ne représente aujourd’hui qu’environ 0,2 % de la population mondiale. En 2026, on estime sa population à environ 18 millions de personnes, sur une population mondiale d’environ 8,3 milliards. Cela fait parfaitement écho à la prophétie de Moïse en Deutéronome 28. 62 : « Alors vous serez peu nombreux… » Et pourtant, malgré leur faible nombre, les Juifs font constamment la une des journaux.
Dans la suite du livre de Moïse, Lévitique chapitre 26 insiste particulièrement sur la conséquence ultime de la malédiction : la Diaspora. Dans ce seul chapitre, le mot « terre » (eretz) apparaît 22 fois, soulignant le rôle central de la terre d’Israël dans cette prophétie. C’est là que nous conduit la malédiction mentionnée dans Malachie.
Visionner : Malachie 6e partie – Dérober Dieu