Le livre d’Amos est souvent considéré comme difficile à décrire. Ses thèmes semblent apparaître puis disparaître, et réapparaître quelques chapitres plus tard. De nombreux commentateurs y ont recherché une symétrie ou une structure précise, mais Amos résiste aux modèles auxquels nous nous attendons. Mais c’est peut-être exactement la stratégie du prophète.

 

Alors qu’Amos revient sur les mêmes thèmes, certaines vérités émergent avec une clarté indubitable. Au moment où nous arrivons à la fin du livre, quatre messages puissants en ressortent :

 

La conformité religieuse ne vous sauvera pas.

Votre généalogie ne vous rachètera pas.

Une puissance militaire ne vous délivrera pas.

La prospérité et le succès ne vous sauveront pas.

 

Commençons par le premier point : la conformité religieuse ne vous sauvera pas. Ce thème domine le livre d’Amos parce que le peuple d’Israël en est venu à s’appuyer sur religion et tradition plutôt que sur Dieu lui-même. Ils croyaient que leurs cérémonies, leurs offrandes et leurs lieux de culte les protégeraient, même si leur cœur restait loin de Celui qu’ils prétendaient servir. Et n’est-ce pas encore aujourd’hui l’un des plus grands dangers du judaïsme traditionnel ?

 

Avec une urgence marquée, le Seigneur appelle son peuple à examiner ses fondements de foi. Il les exhorte à s’assurer que leurs croyances, leurs pratiques et leur confiance proviennent véritablement de Lui. Car la religion sans Dieu ne peut pas sauver, et la conformité extérieure sans un cœur transformé et sans repentance sont de faux refuges. Lisons un passage puissant, Amos 5 : 21 à 23 et notons les paroles utilisées par le Seigneur : « Je déteste, Je rejette vos fêtes et Je n’aime pas non plus vos assemblées solennelles. Même si vous m’offriez des holocaustes et des offrandes de céréales, Je ne les accepterai pas et Je ne regarderai même pas les offrandes de paix de veaux engraissés. Épargnez-moi le bruit de vos chants : Je n’écouterai même pas le son de vos harpes. »

 

Tout d’abord, le Seigneur mentionne certaines offrandes ; l’holocauste (olah), l’offrande de céréales (minḥah) et l’offrande de paix (shelamim). Ces offrandes exprimaient l’adoration, le dévouement, l’action de grâce et la communion avec Dieu. Mais, où sont les offrandes qui mettent l’accent sur la confession et l’expiation du péché, l’offrande pour le péché et celle pour la culpabilité ? L’omission est frappante. C’est comme si le Seigneur disait : « Vous venez devant moi avec vos chants, vos sacrifices et vos actes d’adoration. Vous parlez de communion avec Moi et célébrez mes fêtes. Mais où est le cœur brisé ? Où est la repentance ? Où est la reconnaissance de votre péché ? » Ce n’était pas les sacrifices eux-mêmes qui posaient problème, mais bien plutôt que les gens continuaient à pratiquer leur religion tout en refusant de reconnaître leurs péchés. Leur culte était fréquent et conforme, mais leurs cœurs en étaient absents. C’est pourquoi le Seigneur déclare : « Je hais, Je méprise vos jours de fête... Épargnez-moi le bruit de vos chants. »

 

Ce même phénomène est décrit en Amos 6.  6, où nous lisons : « Ils boivent le vin dans les larges coupes des sacrifices tout en s’oignant des meilleures huiles. » Le mot pour « coupe » est « mizrāq ». Ces coupes avaient un rôle essentiel dans le culte au Temple, car ils contenaient le sang des sacrifices que les sacrificateurs devaient répandre sur l’autel. En fait, le mot mizrāq dérive d’une racine qui signifie « asperger ». Que faisaient donc ces gens ? Au lieu d’utiliser ces vases pour le service sacré, ils s’en servaient pour boire du vin. L’image est saisissante. Ils désiraient une célébration sans repentance, une bénédiction sans sainteté et une communion fraternelle sans confession.

 

Puis Amos nous ramène vers l’autel même. En Amos 3. 14, tout en dénonçant les autels de Béthel, il parle soudain au singulier de l’autel et déclare : « Les cornes de l’autel seront coupées et tomberont à terre. » Pour un Israélite de l’époque, c’était une déclaration choquante. Les cornes de l’autel étaient l’endroit où le sang du sacrifice pour le péché était appliqué (Exode 29. 12 et Lévitique 4. 7). Ils symbolisaient l’expiation, la miséricorde et l’accès au pardon de Dieu. De plus, lorsqu’un homme craignait pour sa vie ou recherchait la protection de Dieu, il pouvait fuir vers l’autel et en saisir les cornes (1 Rois 1. 50 et 2. 28). En les saisissant, il en appelait à la miséricorde divine. Par conséquent, lorsqu’Amos déclare que les cornes seront coupées, il décrit bien plus que la simple destruction de l’architecture. L’image parle de la suppression de la protection de l’alliance. Le lieu où les hommes cherchaient le pardon ne serait plus accessible à ceux qui avaient rejeté Dieu. Leur confiance dans le rituel serait brisée.

 

Et puis le Seigneur expose une autre forme d’arrogance religieuse. Parlant de l’élite riche d’Israël, Amos dit : « Ils improvisent au son de la harpe, et, comme David, ils ont composé eux-mêmes des chants » (Amos 6. 5). Remarquez l’expression « comme David ». Ces gens ne jouaient pas simplement de la musique : ils se considéraient comme suivant les traces de David et comme héritiers de son héritage spirituel. Comme l’a observé le rabbin David Kimhi (Radak) dans son commentaire sur Amos, ils étaient tellement impressionnés par leurs propres accomplissements qu’ils se comparaient au roi David, le maître musicien d’Israël. Le rabbin Rashi ajoute que si David consacrait sa musique à la gloire de « HaShem », ces hommes-là utilisaient la musique pour simplement satisfaire leurs propres désirs. Même ces commentaires rabbiniques médiévaux reconnaissaient la futilité de pratiquer une religion sans le faire avec un cœur pur.

 

Cependant, cet avertissement s’étend bien au-delà de la génération d’Amos. Tout au long de l’histoire, des groupes religieux ont souvent revendiqué les héros, les traditions et l’autorité du passé comme les leurs. N’avez-vous pas entendu cet argument aujourd’hui parmi certains Juifs et non-Juifs religieux ? Pourtant, Dieu n’est pas impressionné par les affirmations en rapport avec l’héritage religieux. Il recherche le même genre d’attitude de cœur qui caractérisait ces fidèles d’autrefois.

 

Ensuite, le Seigneur leur rappelle une vérité qui couvre toute l’Écriture, à savoir que le salut n’est que par la foi : jamais par des œuvres ou des cérémonies de culte ou d’autres actions. Écoutez ce qu’Il dit dans Amos 5. 25 :

 

« M’avez-vous offert des sacrifices et des offrandes de céréales dans le désert pendant 40 ans, ô maison d’Israël ? »  La réponse implicite est en grande partie non. Pourtant, même s’il n’y a eu aucune offrande ni sacrifice pendant ces 40 années, jamais Dieu ne les a abandonnés. Il les nourrissait quotidiennement de la manne, faisait jaillir de l’eau du rocher et les guidait par la nuée le jour et par le feu la nuit. Sa présence, ses provisions et sa fidélité ne dépendaient pas de l’abondance de leurs offrandes.

 

La leçon est sans équivoque. Les pratiques religieuses n’ont de valeur que lorsqu’elles découlent d’un cœur humble, repentant et confiant en Dieu. Sans un tel cœur, les cérémonies deviennent des formes vides. Comme David l’a déclaré dans le Psaume 51 : « Les sacrifices agréables à Dieu sont un esprit brisé, un cœur contrit et brisé, cela, ô Dieu, Tu ne dédaignes pas. » Avant même que Dieu ne désire nos offrandes, Il désire nos cœurs.

 

Amos s’adresse encore aujourd’hui au peuple juif. Son message n’a pas perdu de son urgence. Ne placez pas votre confiance dans la religion. Ne vous fiez pas à une tradition. Ne vous fiez pas aux cérémonies ou aux conformités extérieures. Aucun de ces éléments ne peut vous sauver.

 

 

Visionner l’étude Amos 6e partie : Vers qui Israël se tournera-t-il quand tout échouera? – Le seul espoir d’Israël.