Nous arrivons maintenant au verset le plus fameux des croyances traditionnelles du Judaïsme, enraciné dans le texte même de Malachie 4. 5 « Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, avant que vienne le jour de l’Éternel, ce jour grand et redoutable. »
Ce verset clé a donné naissance à d’innombrables traditions et légendes concernant le retour d’Élie. Il est important de noter que le Messie n’est pas mentionné directement dans ce verset. Le lien avec le Messie est implicite. Ce passage doit être compris à la lumière de la promesse antérieure de Malachie 3. 1, où le Seigneur annonce la venue du Messie et du messager qui prépare son chemin.
C’est une vérité que les anciens rabbins comprenaient parfaitement. De nombreux écrits anciens en témoignent clairement. Pourtant, le lien entre le jour du Seigneur et la venue d’Élie est presque toujours négligé dans le judaïsme moderne ; peut-être parce qu’il est trop troublant, trop grave, trop proche de notre réalité. Les prophéties, en général, ne sont pas enseignées dans les synagogues, ni dans la plupart des églises.
Mais c’est ce message qu’il soulignera, et il doit être proclamé car il éclaire la situation d’Israël aujourd’hui. Il aborde l’hostilité croissante envers le peuple juif et influence l’évolution du monde entier. À partir de ce seul verset, Juifs et non-Juifs peuvent commencer à comprendre non seulement ce qui arrive à Israël aujourd’hui, mais aussi ce qui attend bientôt le monde.
La question devient donc incontournable : qu’est-ce que le Jour du Seigneur? Nous l’avons déjà abordé dans de nombreuses études, mais examinons-le à nouveau, sous un angle nouveau, à travers le regard de Malachie et des autres prophètes. Malachie qualifie ce Jour de grand, de terrible et d’effroyable, d’après le mot hébreu יָרֵא (yārēʾ), qui signifie crainte, terreur, effroi. Est-ce là ce qui s’abattra sur ce monde avant la venue du Messie ?
La Bible ne cherche pas à minimiser l’impact de ce jour à venir. Malachie en commence la description au chapitre 4, verset 1, où le Seigneur déclare : « Car voici, le jour vient, ardent comme une fournaise ; tous les orgueilleux et tous les méchants seront comme de la paille ; le jour qui vient les embrasera, dit l’Éternel des armées, et il ne leur laissera ni racine ni rameau. »
Malachie décrit ce jour comme une fournaise ardente, où la paille est enflammée. C’est ce qu’Élie vient annoncer en premier. Avant même que Malachie ne parle d’Élie au chapitre 4, le Seigneur introduit ce jour à venir par une question qui donne à réfléchir- Malachie 3. 2 : « Mais qui pourra supporter le jour de sa venue ? Qui pourra subsister quand il paraîtra ? » La réponse est claire : personne ne peut le supporter. Personne ne peut subsister.
L’essentiel est que la venue d’Élie est indissociable du Jour du Seigneur. Il ne vient pas simplement pour éveiller la curiosité ou susciter l’enthousiasme religieux. Il vient comme un avertissement. Il vient annoncer qu’un jour approche, un jour sans précédent dans l’Histoire de l’humanité.
Comme nous l’avons dit précédemment, Élie ne vient pas seul. Il apporte un message, et ce message est également partagé avec une autre personne très importante mentionnée dans ce texte. Avez-vous remarqué qui d’autre est mentionné au verset 4 de Malachie 4 ? Moïse ! Voici ce que dit ce verset : « Souvenez-vous de la loi de Moïse, mon serviteur, des statuts et des ordonnances que Je lui ai prescrits à Horeb pour tout Israël. »
Nous avons examiné une partie du message de ce verset lors de notre dernière étude, mais notez que Moïse et Élie sont placés côte à côte car chacun représente l’ensemble des Écritures, la Loi et les Prophètes, une expression que Jésus a utilisée à trois reprises pour désigner les Écritures hébraïques (Matthieu 7. 12, 22. 40, Luc 16. 16). Pour ceux qui connaissent le Brith Chadashah, ces deux personnages étaient présents sur la montagne de la Transfiguration, en conversation avec Yeshua.
Mais Malachie met l’accent sur la relation entre les deux personnages. Tout d’abord, à bien des égards, Malachie présente la venue du Messie comme un nouvel Exode – Élie étant souvent considéré comme un second Moïse. Cela transparaît dans le texte de Malachie. Deux expressions reviennent fréquemment lorsqu’il est question de l’envoi du premier et du second messager, et ces expressions ont rappelé à de nombreux rabbins de l’Antiquité la manière dont les Écritures s’exprimaient lors de l’Exode.
En 3. 2, nous lisons : « Voici, J’envoie mon messager, et il préparera le chemin devant moi. » Il s’agit de Jean-Baptiste. Puis, les mêmes mots reviennent pour introduire le second messager, Élie, dans notre verset du jour, Malachie 4. 5 : « Voici, Je vous envoie Élie, le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, ce jour grand et redoutable. »
Ces paroles, « Voici, j’envoie », sont les mêmes que celles que l’on trouve dans le récit de l’Exode, lorsque le Seigneur promit, après qu’ils eurent reçu la Loi sur le mont Sinaï, que son messager les accompagnerait tout au long de leur voyage : « Voici, J’envoie un Messager devant vous, pour vous garder en chemin et pour vous conduire au lieu que J’ai préparé. Prenez garde à lui et écoutez sa voix… Mon nom est en lui. » (Exode 23. 20-21)
Ces paroles établissent un lien entre les deux événements : celui de l’Exode, lorsque le Messager, l’Ange du Seigneur, que certains rabbins identifient au Seigneur lui-même, conduit le peuple juif hors d’Égypte ; et celui de Malachie, où le Messager de l’Alliance, le Messie, revient pour conduire le peuple juif (après la Tribulation) hors de la Diaspora et vers la Terre promise.
Il est important de noter que, de même qu’Élie était le précurseur du Messager de l’Alliance (le Messie), Moïse peut être considéré comme le précurseur de l’Ange du Seigneur. Ceci souligne davantage encore le lien messianique de l’Ange du Seigneur.
De plus, la relation entre Élie et Moïse est manifeste dans le fait qu’ils ont tous deux vécu une théophanie, une révélation divine, sur la même montagne, appelée Horeb, synonyme du Sinaï. En effet, en Malachie 4. 1, il est écrit « Horeb » et non « Sinaï », peut-être pour souligner le lien entre ces deux hommes. Nous constatons que tous deux étaient présents après l’apostasie d’Israël. Moïse se trouvait à Horeb juste après la rébellion d’Israël et le sacrifice du veau d’or. Élie vint à Horeb après avoir confronté Israël à l’apostasie massive, lorsque la nation s’était ralliée aux faux prophètes : 450 prophètes de Baal et 400 prophètes d’Astarté, soit un total de 850 (1 Rois 18. 19). Dans les deux cas, leurs rencontres marquèrent le début d’une ère nouvelle, celle de la Loi et des Prophètes.
Ce qui est frappant, c’est que cela préfigure directement ce qui se passe lors de la Transfiguration. Là, Moïse et Élie réapparaissent, non pas à Horeb, mais sur une autre montagne, debout auprès du Messie lui-même.
Et Luc nous révèle quelque chose d’extraordinaire : leur conversation portait sur l’Exode, un autre Exode, cette fois-ci mené par Yeshua. Lisons Luc 9. 29-31 : « Pendant qu’il priait, son visage changea d’aspect, et ses vêtements devinrent blancs et resplendissants. Et voici, deux hommes s’entretenaient avec lui ; c’étaient Moïse et Élie, qui, apparus dans la gloire, parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem.»
Où se trouve l’Exode dans ce passage ? Il se trouve dans l’expression « son départ ». Le mot grec utilisé est exodos. Ce mot n’apparaît que deux autres fois dans le Nouveau Testament : dans Hébreux 11. 22, en référence à l’Exode d’Égypte, et dans 2 Pierre 1. 15, où Pierre parle de son propre départ, de son Exode de ce monde.
Ce dont discutaient Moïse, Élie et Yeshua n’était pas seulement sa souffrance. Ils parlaient de sa mort et de sa résurrection, un événement qui inaugurerait une ère nouvelle dans l’histoire d’Israël. Ce serait l’Exode final et le plus grand.
Visionner : Malachie 7e partie – Élie s’en vient