Alors que l’antisémitisme et le sentiment anti-israélien continuent de progresser à travers le monde, même parmi de nombreux chrétiens, plus on étudie le livre d’Amos, plus il apparaît clairement qu’il a été écrit pour une époque comme la nôtre. La progression à travers Amos, des chapitres 2, 3 et 4 jusqu’au chapitre 5, semble à la fois ancestrale et d’une actualité effrayante. Une chose, cependant, n’a jamais changé : d’Adam dans le jardin d’Éden jusqu’à aujourd’hui, Dieu a agi envers l’humanité de la même manière. Il avertit avant de juger. Il parle avant de frapper. Il ébranle les certitudes avant que l’effondrement ne survienne. Dans l’écrit d’Amos, nous voyons un Dieu se préparer à ébranler les nations, les économies, les villes, les régimes climatiques et, surtout, les cœurs des hommes. N’en sommes-nous pas témoins aujourd’hui ?
Le jugement commence par Juda, puis se poursuit vers le nord, en Israël, illustrant une progression du déclin spirituel. Le péché de Juda est d’abord décrit comme un rejet de la Parole de Dieu : « Ils ont méprisé la Torah de l’Éternel et n’ont pas gardé ses commandements… » (Amos 2. 4). Juda s’est détourné de la Torah, la Parole écrite de Dieu, a abandonné son fondement et s’est éloigné de la vérité divine.
Puis la prophétie se tourne vers Israël, et une autre perspective se dessine. Le péché d’Israël n’est pas simplement décrit comme un rejet de la Loi de Dieu : la prophétie révèle plutôt les conséquences de ce rejet. Lorsque la Parole de Dieu a été mise de côté, la société a commencé à s’effondrer. La justice a été corrompue, la morale oubliée, les faibles opprimés, et les conséquences visibles du rejet de la Parole de Dieu étaient manifestes dans tous les aspects de la vie nationale.
Voyez comment cela commence dans Amos 2. 6 : « Ainsi parle le Seigneur : À cause de trois crimes d’Israël, et même de quatre, Je ne révoquerai pas son châtiment, car ils vendent le juste pour de l’argent et le pauvre pour une paire de sandales. » Voilà une autre manière remarquable dont le Seigneur approfondit l’accusation, par le choix même de ses mots. N’oublions pas qu’Amos s’adresse au territoire de Joseph. Le royaume du nord d’Israël était souvent appelé « Éphraïm », du nom du fils de Joseph, et parfois même simplement « Joseph ». Dans ce même pays, les gens vendaient les pauvres, un peu comme Joseph lui-même qui avait été vendu par ses frères.
Les anciens Targums, (traductions araméennes des Écritures utilisées avant et pendant l’époque de Yeshua), reconnaissaient ce parallèle. Dans leur traduction de ce texte de Genèse, ils écrivent : « Or, des Madianites, des marchands, passèrent par là, et, tirant Joseph, ils le retirèrent de la fosse. Ils vendirent Joseph aux Arabes pour 20 pièces d’argent et leur achetèrent des sandales. Puis ils emmenèrent Joseph en Égypte. » (Targum J. sur Genèse 37. 28)
Ce qui est frappant, c’est que le texte hébreu original de la Genèse ne mentionne jamais de sandales. Pourtant, le Targum les insère délibérément, comme pour dire que Joseph a été échangé contre des sandales et que chaque frère est reparti avec une nouvelle paire, acquise au prix de la souffrance de leur frère. C’est peut-être là le message plus profond qu’Amos veut nous transmettre : le péché ne disparaît jamais. Il demeure, grandit et se répète de génération en génération jusqu’à ce qu’il soit enfin confronté et que quelqu’un paie pour.
À cet endroit du texte, Dieu invite Israël à se souvenir de sa bonté passée, de sa protection, de sa fidélité et de sa patience, présentes alors et présentes encore aujourd’hui. Il s’agit en quelque sorte d’une thérapie divine : Dieu demande à son peuple de faire une pause et de se souvenir de ses œuvres avant que leurs cœurs ne s’endurcissent. Il est dit en Amos 2. 9 : « C’est Moi qui ai détruit l’Amorite devant eux, bien que sa hauteur fût comparable à celle des cèdres et sa force à celle des chênes : J’ai détruit ses fruits en haut et ses racines en bas. » Un lecteur moderne, et plus particulièrement un lecteur juif d’aujourd’hui, pourrait se demander : « Que représente ces Amoréens pour moi ? Quel lien ont-ils avec nous maintenant ? »
Ils ont un lien important avec nous. Permettez-moi de traduire ce verset en langage moderne et de ramener les 2 700 ans qui séparent Amos de nos jours à environ 80 ans. C’est comme si Dieu disait aujourd’hui à Israël: « Pourtant, c’est Moi qui étais à vos côtés en 1948, lorsque l’Égypte, la Jordanie, la Syrie, le Liban, l’Irak et d’autres se sont soulevés contre le jeune État d’Israël. Leur nombre était aussi grand que les cèdres et leur force aussi puissante que les chênes, et pourtant, c’est Moi qui les ai vaincus. » Croyons-nous vraiment que cette victoire soit due uniquement à la force humaine ? L’armée israélienne a combattu avec un courage extraordinaire, mais la survie d’Israël face à une telle supériorité numérique ne peut s’expliquer par leur seule puissance militaire. Dieu lui-même était avec eux.
Immédiatement après, on découvre un autre verset profondément émouvant du livre d’Amos. Ce livre recèle de nombreux versets touchants, témoignage de la puissance de la Parole de Dieu. À la lecture d’Amos 2. 13 : « Voici, Je suis accablé sous votre poids, comme un chariot chargé de gerbes », l’image est saisissante et bouleversante. Nombre de commentateurs rabbiniques, et même des traductions modernes, atténuent le sens de ce verset en faisant d’Israël celui qui est accablé par le péché.
Mais le texte hébreu est d’une clarté remarquable. Le « Je » désigne Dieu lui-même. Dieu se présente comme celui qui est écrasé sous le poids insupportable du péché de son peuple. Et pourtant, ce ne sont pas ses péchés, car Il est saint, pur et sans péché. Percevez-vous toute la profondeur de cet amour ?
Et il y a là quelque chose d’encore plus remarquable. Amos emploie un verbe rare, comme s’il souhaitait que le lecteur s’arrête et examine attentivement chaque mot. Le terme traduit par « accablé » ou « écrasé » est le mot hébreu עוּק (ʿûq), que l’on ne trouve que sous cette forme. C’est comme si ce mot appartenait exclusivement à Dieu, car Lui seul pouvait porter les péchés du monde et offrir le salut à l’humanité. Certains érudits relient ce mot à une racine hébraïque signifiant « creuser » ou « s’effondrer », comme si le sol lui-même se brisait sous le poids écrasant d’un chariot lourdement chargé.
À bien des égards, ce verset peut même être lu de manière prophétique et messianique. Car qui d’autre était parfaitement saint et pourtant a volontairement porté les péchés d’Israël et du monde entier ? C’était Yeshua. Ici, on a presque l’impression que c’est le Messie lui-même qui parle. Avant même le Tav (la croix), nous voyons déjà le cœur de Dieu souffrir sous le fardeau du péché humain, vos péchés et les miens.
Quelle image cela nous offre : le Dieu du ciel, si accablé par le péché et si touché par l’amour, qu’Il descend lui-même pour sauver l’humanité. Plus tôt dans le livre d’Amos, nous avons lu que « le Seigneur rugit ». Ce rugissement exprime bien davantage que de la colère. En hébreu, il traduit aussi l’angoisse, une douleur profonde, presque comme le cri de souffrance du Psaume 22. 1 lorsque le Messie était sur la croix. Et ici, en Amos 2.13, cette souffrance persiste. Le péché ne se contente pas de provoquer Dieu, cela l’attriste profondément.
Visionner l’étude Amos 4e partie : Amos : Le Prophéte qui a vu notre génération