Une manière pour Dieu de nous rappeler certaines vérités

 

Tournons-nous maintenant vers la remarquable épître de Jude et prêtons une attention particulière à ce que l’Esprit de Dieu a préservé pour nous. Commençons par le premier verset. Il est intéressant de noter que Jude entame sa lettre avec douceur, chaleur et affection. Pourtant, comme nous allons bientôt le découvrir, ses propos gagnent en urgence et en puissance, pour aboutir à un crescendo saisissant d’avertissements solennels. Avant d’en arriver là, prenons un instant pour apprécier la beauté et la tendresse de ses paroles liminaires.

 

Jude 1 : Jude, serviteur de Jésus le Messie et frère de Jacques, s’adresse à ceux qui sont appelés, aimés en Dieu le Père et gardés pour Jésus le Messie.

 

En seulement trois expressions, il résume une grande partie de leur parcours spirituel : « à ceux qui sont appelés, aimés en Dieu le Père et gardés pour Jésus le Messie ».

 

Remarquez ces termes : « appelés », « aimés » et « gardés ». Il s’agit de l’une des quelque 14 triades — ou groupes de trois éléments — que l’on rencontre dans cette épître. C’est la méthode pédagogique de Jude, et elle s’avère très efficace. Aujourd’hui, les psychologues ont même un terme pour désigner ce procédé : le « chunking – découpage en unités » – qui consiste à organiser des informations en petits groupes cohérents, plus faciles à mémoriser. Ce concept a été popularisé en 1956 par le psychologue cognitiviste Dr George Miller. Peut-être le Dr Miller ignorait-il qu’environ 1 900 ans plus tôt, un autre érudit avait déjà mis ce principe en pratique : un certain Dr Jude !

 

Certes, Jude ne possédait pas de doctorat en psychologie, mais il savait assurément rendre son message mémorable ! Il s’agit là, par ailleurs, d’une méthode rabbinique. Dans la loi orale juive — la Mishna, (qui fait partie du Talmud) — on retrouve ce même style d’enseignement. Dans l’un des traités de la Mishna, les Pirkei Avot (« Chapitres des Pères »), le texte s’ouvre de manière analogue par une triade : trois préceptes sont énoncés d’emblée : « faire preuve de circonspection dans le jugement, former de nombreux disciples et ériger une clôture protectrice » (Avot 1. 2).

 

Le verset suivant de ce texte affirme que le monde repose sur trois piliers : la Torah, le service au temple et les actes de bonté. Plus loin, dans le même chapitre (Avot 1. 18), une autre triade est proposée : « la justice, la vérité et la paix ». Cette structure fait écho à l’introduction de l’épître de Jude et se retrouve tout au long du texte. Jude y évoque, pour sa part, la miséricorde, la paix et l’amour. Puis, dans les versets 5 à 7, il présente trois jugements historiques : ceux qui ont frappé Israël, les anges, ainsi que Sodome et Gomorrhe. Enfin, au verset 11, il cite trois exemples de rébellion : Caïn, Balaam et Coré. Ces séries de trois éléments, présentes chez Jude, s’inscrivent dans les traditions littéraires juives.

 

Concernant la première triade : les croyants sont « appelés, aimés et gardés ». Il y a là une merveilleuse progression spirituelle. Tous les croyants sont d’abord appelés. Dieu fait le premier pas, car autrement, nous n’aurions pas pu y parvenir par nous-mêmes. Comme l’a dit Yeshua : « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » … car l’Esprit dit que nous étions morts par nos offenses et par nos péchés… (Jean 6. 44, Éphésiens 2. 1-5). Dans ce même passage d’Éphésiens, au verset 5, on lit que « Dieu nous a rendus à la vie avec le Messie », et cet amour se manifeste par son amour envers nous.

 

Ainsi, nous sommes d’abord appelés et aimés d’amour, et cela est essentiel ; le mot pour amour est agapeo, le terme le plus fort pour exprimer l’amour en grec biblique. Ce mot est pratiquement une invention biblique. Dans le monde grec ancien, il n’avait pas beaucoup de sens. Il exprimait la satisfaction ou la préférence pour une chose plutôt qu’une autre. C’était un mot neutre qui apparaît rarement avant le Nouveau Testament, où il est dit que Dieu est agapè.

 

Tout au long de cette lettre, Jude souligne l’amour de Dieu pour nous. Il nous appelle « bien-aimés » à quatre reprises (v. 1, 3, 17, 20). Il nous invite à nous souvenir de l’amour de Dieu à deux reprises (v. 2. 21). Il est à noter que ces versets sont judicieusement placés au milieu de passages très difficiles.

 

Ainsi, nous sommes appelés, aimés et, grâce à cet amour, gardés. Ce mot signifie non seulement être préservés, mais aussi être observés, veillés et suivis.

 

C’est une merveilleuse assurance.

 

Tout cela est l’œuvre de Dieu, mais cela implique également une grande responsabilité de notre part ; l’ensemble soulève des questions importantes. Dieu m’a appelé ; mais est-ce que je réponds à son appel et est-ce que je marche selon sa volonté ? Dieu m’aime ; mais est-ce que je vis réellement dans la joie et l’assurance de son amour ? Dieu me garde ; mais est-ce que je trouve le repos dans la sécurité que m’offre Sa puissance, capable de me protéger et de me préserver ?

 

Passons maintenant au verset suivant : le ton de l’épître de Jude change radicalement. Il troque ses gants blancs contre des gants de boxe ! La tendresse de ses salutations laisse place à l’urgence du combat. Jude ne se contente plus de consoler les croyants ; il les appelle à lutter pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes.

 

Lisons ces paroles puissantes en Jude 3 : « Bien-aimés, alors que je m’efforçais vivement de vous écrire au sujet de notre salut commun, j’ai éprouvé le besoin de le faire pour vous exhorter à combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes. » C’est une lettre empreinte d’une grande urgence. Jude commence par dire qu’il a fait tout son possible pour écrire ; il l’a fait avec hâte, rapidité et zèle. Un événement particulier l’a poussé à écrire si promptement. Remarquez son état d’esprit au moment de la rédaction : il confie s’être senti contraint d’écrire. Le terme grec utilisé est anankē, qui exprime une nécessité impérieuse, une obligation pressante. C’est comme si l’Esprit ne lui laissait aucun répit tant qu’il n’avait pas transmis cet avertissement.

 

Jésus emploie ce même mot lorsqu’Il ​​met en garde contre la fin des temps ; en Luc 21. 23, Il annonce qu’une grande détresse s’abattra sur le pays et que la colère frappera ce peuple. C’est ce même terme — et cette même nature de détresse — qui a suscité chez Jude une telle inquiétude qu’il s’est senti poussé à rédiger cette lettre. L’Esprit de Dieu était puissamment à l’œuvre en Jude qui possédait un véritable cœur de pasteur.

 

Ensuite, Jude introduit l’une des expressions les plus fortes de sa lettre : « combattre ardemment pour la foi » — une formulation qui ne se retrouve nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament. Le terme grec traduit ici par « combattre » a sans doute attiré l’attention de ses lecteurs : il s’agit d’un mot employé dans le contexte des affrontements militaires, évoquant une lutte intense.

 

À peu près à la même époque, l’historien Plutarque rédigeait Vie de Fabius, où il décrit comment Hannibal, l’un des plus redoutables ennemis de Rome, a attaqué les armées romaines qui furent alors appelés à défendre Rome.

 

De même, Jude nous appelle à nous mobiliser, à tenir bon et à lutter avec toutes nos forces pour défendre la foi qui a été « transmise aux croyants une fois pour toutes ». Une situation préoccupante exigeait une intervention immédiate.

 

Avant de décrire ceux qui sèment le trouble au sein des communautés, Jude identifie leur cible : la foi des croyants. Leur foi, leurs convictions ! C’est cela qui était et qui est toujours en péril.

 

 

Visionner : Les derniers jours – Comment commence l’apostasie.