Nous sommes parvenus à un tournant remarquable dans la défense d’Israël que Paul développe dans les chapitres 9 à 11 de l’épître aux Romains. Paul nous conduit à travers le passé d’Israël, montrant que ce peuple est toujours demeuré au cœur et dans les plans de Dieu (à travers le « Reste »), le préservant par sa fidélité, car aucune de ses promesses ne peut faillir. Il nous a ensuite fait découvrir la situation actuelle d’Israël, expliquant ses relations avec les non-Juifs et l’Église, tout en avertissant les croyants issus des nations de ne jamais faire preuve d’arrogance envers les branches naturelles.

 

Mais à présent, il tourne nos regards vers l’avenir d’Israël. Soudain, la grande question se pose : Combien de temps durera l’époque actuelle avant que nous ne voyions l’avenir d’Israël ? Combien de temps perdurera cette histoire faite de dispersion, de rejet et de persécution, qui s’étend sur quelque 2 500 ans ? Combien de temps Israël connaîtra cet endurcissement partiel ? Et lorsque cela prendra fin, que deviendra Israël ? Plus important encore peut-être : que deviendra le monde lorsque cette phase s’achèvera ?

 

Paul introduit l’avenir d’Israël par l’une des déclarations prophétiques les plus extraordinaires de toute l’épître : Romains 11. 25 à 27. Ici, Paul s’apprête à révéler ce qu’il appelle un « mystère », une réalité concernant Israël que tout croyant issu des nations se doit de comprendre. Ce qu’il va nous dire est remarquable : l’endurcissement actuel d’Israël est partiel, sa situation présente est temporaire et l’histoire d’Israël n’est pas terminée.

 

Lisons Romains 11. 25 à 27 : « Je ne veux pas que vous ignoriez ce mystère, frères — afin que vous ne vous regardiez pas comme sages — c’est qu’une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement, jusqu’à ce que la totalité (plénitude) des non-Juifs soit entrée. » Avant d’examiner la réponse de Paul, considérons le mot « mystère » tel que nous l’employons couramment. Nous sommes-nous jamais arrêtés pour réfléchir à l’énigme extraordinaire que représente Israël ? Pour celui qui croit en la Bible, l’Écriture elle-même soulève ces questions. Pourquoi trouve-t-on plus de 2 000 références à Israël dans la Bible ? Pourquoi une part aussi considérable du récit biblique est-elle liée à Israël, du livre de la Genèse à celui de l’Apocalypse ? À plus de 200 reprises, le Dieu de l’Écriture est désigné comme « le Dieu d’Israël ». Israël n’est pas un sujet périphérique ; il est tissé dans toute la trame du récit biblique. Considérons également les chiffres. On compte environ 16 millions de Juifs dans un monde qui en compte près de 8,3 milliards. Cela signifie que le peuple juif représente à peine 0,2 % de l’humanité.Prenons un exemple : dans une salle de 500 personnes, une seule représenterait la part des Juifs au sein de la population mondiale. Pourtant, pour un groupe aussi restreint — représentant seulement deux dixièmes de pour cent de l’humanité — l’influence sur l’histoire humaine a été extraordinaire. En fait, cette influence a parfois été si exagérée ou mal comprise qu’elle a alimenté la vieille théorie du complot, aussi pernicieuse que tenace, selon laquelle les Juifs tenteraient, d’une manière ou d’une autre, de contrôler le monde. La persistance de telles accusations démontre elle-même à quel point Israël occupe une place démesurée dans l’imaginaire des nations.

 

Nous en arrivons maintenant à la question fondamentale : quel est le mystère que Dieu avait gardé caché et que Paul révèle à présent ? Romains 11. 25 pointe vers quelque chose d’extraordinaire. Le mystère est que l’endurcissement d’Israël n’est que partiel, qu’il a une limite fixée par Dieu et que, dans le plan souverain de Dieu, l’avenir d’Israël est lié à l’entrée de la plénitude des nations. En d’autres termes, la condition actuelle d’Israël n’est ni totale ni permanente. Il existe la notion de « jusqu’à ce que » dans le plan de Dieu pour Israël : « Un endurcissement partiel est arrivé à Israël jusqu’à ce que la plénitude (totalité) des nations soit entrée. » Qu’est-ce que la plénitude des nations ? Ces quelques mots nous amènent à considérer une grande partie de l’histoire de l’humanité. Le mot « plénitude » (pleroma) évoque une totalité, un achèvement. Nous le voyons dans Éphésiens 1. 10 lorsque, dans la plénitude des temps, Yeshua sera au-dessus de toutes choses. Colossiens 2. 9 parle de la plénitude de la divinité se trouvant en Yeshua lui-même. Ici, en Romains 11, nous voyons Paul utiliser le terme « plénitude » (pleroma) à deux reprises. En Romains 11. 12, il évoque le moment où Israël aura atteint sa plénitude et la manière dont le monde en sera béni ; « Or, si leur transgression est une richesse pour le monde et leur échec une richesse pour les nations, combien plus le sera leur plénitude ? » Il utilise également ce même mot, « plénitude », lorsqu’il parle des nations. Mais de quoi s’agit-il, et quand cette plénitude des nations se produira-t-elle ? Est-ce au moment où le dernier non-Juif appelé à croire parviendra à la foi, ce qui marquerait l’achèvement de la plénitude des nations ?

 

Beaucoup affirment que l’Enlèvement aura lieu à la fin des temps, lorsque l’Église sera retirée de ce monde juste avant la Tribulation. Selon eux, à ce stade, Dieu aura achevé son œuvre concernant le séjour terrestre de l’Église et l’attention se portera de nouveau sur Israël. Toutefois, si l’on considère que la « plénitude des non-Juifs » correspond à un nombre complet, il convient alors d’étendre cette période jusque dans période de la Tribulation elle-même. En effet, de nombreux autres non-Juifs seront sauvés durant cette période. Jean évoque « une grande foule que personne ne pouvait compter, de toutes nations, de toutes tribus, de tous peuples et de toutes langues », provenant de la période de la Tribulation (Apocalypse 7. 9 et 14). Nous lisons également en Matthieu 24. 14 que Jésus déclare, au sujet de la période précédant immédiatement son retour : « Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin. » Ainsi, il est plus juste de situer la plénitude des non-Juifs à la fin de la Tribulation.

 

Par ailleurs, cette « plénitude » désigne également ce qui est parvenu à son achèvement ou à son plein accomplissement. Paul a souligné avec insistance la responsabilité des non-Juifs de susciter la jalousie des Juifs afin de les attirer à revenir au Seigneur. Pourquoi cette responsabilité ne perdurerait-elle pas tout au long de la période de la Tribulation, sachant que Yeshua, en Matthieu 25, évoque « le jugement des brebis et des boucs » ? Il s’agit d’un jugement des nations fondé sur la manière dont elles ont traité les « frères de Yeshua » (les Juifs) durant cette période. La responsabilité des non-Juifs d’apporter l’Évangile aux Juifs et de bien les traiter demeure jusqu’au retour de Yeshua. Notons également que « la plénitude des nations » s’inscrit dans la période qualifiée par Yeshua de « temps des nations » en Luc 21. 24. Ces temps des nations s’étendent depuis la perte de Jérusalem et du Temple en 586 avant J.-C. jusqu’au second avènement de Yeshua. Aujourd’hui, Israël vit encore sous le régime des temps des nations car, bien qu’il soit une nation, il n’exerce pas sa propre juridiction sur le mont du Temple : c’est la Jordanie qui la détient pour l’instant. Cela démontre que les temps des nations sont toujours en cours. Les temps et la plénitude des nations prendront fin après la 70e semaine mentionnée en Daniel 9. 24-27, lors du retour de Jésus.

 

 

Visionner : Romains 9-11, 7e partie -Pourquoi le monde ne peut-il jamais ignorer Israël ?