Choisis alors, encore et toujours

Que dire à quelqu’un qui a profité de vous, vous a rejeté et a méprisé votre amour ? Comment réagir face à une personne qui vous a épuisé émotionnellement et qui a repoussé toute tentative de réconciliation ? Comment entamer une conversation avec quelqu’un qui semble fermé, distant et désintéressé de rebâtir un lien ?

 

La plupart d’entre nous diraient : « Mieux vaut partir. C’est fini. » Mais que faire si cette personne est quelqu’un que vous aimez profondément, quelqu’un que vous ne pouvez pas simplement effacer de votre cœur ? Et si cette personne est votre propre enfant ? Tourneriez-vous le dos à jamais, ou feriez-vous une dernière tentative, même après avoir été blessé tant de fois ?

 

C’est précisément cette scène que nous trouvons en ouvrant le livre de Malachie. Nous y rencontrons deux entités blessées : Dieu et Israël. Dans ce livre, Israël nous représente tous. Son histoire est marquée par la rébellion, de profondes persécutions et la souffrance. Pourtant, d’une manière remarquable et pleine de tendresse, Dieu lui-même partage cette douleur.

 

Ce livre nous amène à la hauteur du Dieu éternel, le révélant non pas comme distant, mais comme profondément compatissant et personnellement impliqué dans la souffrance de son peuple. À un moment donné, le prophète nous dit : « Vous avez lassé le Seigneur par vos paroles » ; mais comment lasser le divin ? » Le mot יָגֵַע (yāgēaʿ) signifie peiner, travailler, voire être fatigué. Ce que nous apprendrons dans ce livre magnifique, c’est que Dieu n’est pas indifférent à nos paroles ni à nos blessures. Il écoute, Il ressent, et nous invite à Lui parler avec sincérité et respect, car notre relation avec Lui est aussi importante que fondamentalement réelle.

 

Considérons la première partie du verset 2, dont le message est si riche. « Je vous ai aimés », dit le Seigneur. Mais vous dites : « En quoi nous as-tu aimés ? » Ces paroles puissantes pourraient presque sonner comme une conclusion, une sorte d’adieu au terme d’une longue et douloureuse histoire s’étendant sur près de 1 500 ans, soit d’Abraham à Malachie.

 

Le Seigneur commence son discours à Israël par une déclaration simple et pourtant profonde : « Je vous ai aimés. » Ici, le Seigneur et Israël se trouvent au terme d’une période difficile de leur histoire. Par ces mots, Dieu invite son peuple à se souvenir et à reconnaître sa présence tout au long de leur chemin, à travers leurs épreuves, leurs échecs et leurs souffrances. Ses pas étaient toujours là, même lorsqu’ils passaient inaperçus.

 

En substance, Dieu dit : « J’étais toujours avec vous. Je vous ai portés tout au long du chemin. Souvenez-vous de la nuée qui vous a guidés dans le désert. Souvenez-vous de la manne et de l’eau jaillie du rocher. Souvenez-vous comment je vous ai délivrés des Cananéens. Souvenez-vous de Samuel, Samson, Gédéon, Ruth et Anne. Souvenez-vous que Je suis resté fidèle, même quand vous ne le voyiez pas. »

 

Pourtant, la réponse d’Israël à Dieu est : « En quoi nous as-Tu aimés ? » À première vue, cela peut paraître arrogant, voire irrespectueux. Mais à la lumière de la réponse divine, il apparaît clairement que la question d’Israël était sincère, née d’une histoire de souffrances profondes et prolongées. Oui, Israël se souvenait de la main de Dieu sur lui, tant dans la restauration que dans le châtiment. Cette émotion se retrouve aujourd’hui dans la liturgie juive, qui reflète ces lamentations. Elle fait écho à la question existentielle que Tevyeh, dans le film « Un violon sur le toit », posait à Dieu : « Nous sommes Ton peuple élu. Mais, de temps en temps, ne peux-Tu pas en choisir un autre ? », soulignant ainsi le lourd fardeau et les souffrances qu’ils enduraient au quotidien. Pourtant, Tevyeh pose cette question avec humilité, reconnaissant la bonté de Dieu dans tous ses projets pour ce peuple. Les Juifs de l’époque de Malachie se souvenaient eux aussi des interventions divines, mais ils se demandaient : à quel prix ?

 

Ils se souvenaient de siècles de douleur, d’exil et de pertes. De leur point de vue, ils avaient énormément souffert. Selon l’appréciation du Saint-Esprit quant à leur histoire, ils ont payé le double pour leurs péchés, comme nous le lisons en Ésaïe 40. Ainsi, derrière leur question se cache une lutte plus profonde : est-ce bien là ce que signifie être le peuple élu ?

 

Cette tension entre l’amour divin et la souffrance humaine est au cœur même de la réponse d’Israël à l’expression d’amour de Dieu. Cette même question résonne encore aujourd’hui, 2 000 ans plus tard. Après les souffrances endurées par la Diaspora suite à la destruction de Jérusalem en 70 après J.-C., après la Shoah qui a coûté la vie à 6 millions de Juifs, et après des tragédies plus récentes, comme les attentats du 7 octobre 2023 et les récents meurtres de Bondi Beach, Israël demande : « En quoi nous as-Tu aimés ? » Cette question n’a pas disparu avec le temps ; elle est devenue encore plus pressante. Le fait qu’Israël soit le peuple élu en valait-il la peine ?

 

La réponse de Dieu aux paroles d’Israël est parmi les plus touchantes ; nous l’examinerons dans notre prochaine étude. Pour répondre à la question si le fait qu’Israël soit le peuple élu en valait-il la peine,  la réponse est un oui retentissant, oui ! absolument !

 

Voyons comment certains héros bibliques ont affronté ce dilemme. David aurait pu se poser la même question qu’Israël. Après avoir été oint roi par Samuel, il passa plus de 10 ans à fuir Saül, qui cherchait à le tuer. David, lui aussi, aurait pu demander : « Seigneur, en quoi m’as-tu aimé ? » Dans de nombreux Psaumes, nous l’entendons se débattre sincèrement avec cette même tension. On pourrait dire la même chose de l’apôtre Paul. Après avoir proclamé inlassablement l’Évangile, souffert de la maladie, fait face à une opposition acharnée et survécu à de multiples naufrages, il aurait lui aussi pu se poser cette même question.

 

D’autres, comme Abraham, dont la foi fut mise à l’épreuve à maintes reprises, jusqu’à la fin de sa vie, ou encore Daniel, Job et bien d’autres, sont dans cette catégorie. Peut-être même que vous, bien que vous connaissiez Yeshua et l’ayez reçu comme votre Sauveur, êtes encore confronté au rejet, à l’opposition ou à la persécution à cause de votre foi. La question est universelle. La réponse l’est aussi.

 

L’amour de Dieu n’est pas annulé par la souffrance, et son appel n’est jamais vain. C’est là le cœur de Sa puissante réponse, que nous examinerons dans notre prochaine étude.

 

Imaginez-vous en randonnée sur un terrain inconnu, une carte pliée en main. Le sentier est escarpé, les virages déroutants, et à plusieurs reprises, vous êtes certain de vous être trompé de chemin. Vous vous arrêtez souvent, frustré, vous demandant pourquoi l’itinéraire semble si inutilement compliqué. Ce n’est qu’une fois le voyage terminé que vous dépliez la carte.

 

Soudain, tout s’éclaire. Les virages serrés vous ont préservé des falaises vertigineuses. Les longs détours vous ont permis d’éviter les terrains impraticables. Les ascensions abruptes vous ont mené à des endroits inaccessibles autrement. Ce qui semblait alors aléatoire était en réalité intentionnel. Ce qui paraissait une longue attente était en fait une protection. Ce qui semblait déroutant vous a guidé en toute sécurité. Il en va de même pour nos vies. Lorsque nous vivons sous la protection du Sauveur et que nous avons reçu Yeshua comme notre Rédempteur personnel, nous pouvons être certains que rien n’arrive par hasard. Chaque pas est mesuré, chaque saison est permise, et chaque épreuve est donnée selon la force et la foi que Dieu fait croître en nous.

 

Et, un jour, en considérant notre passé, nous réaliserons que le chemin lui-même était la preuve de sa présence. Il n’était pas absent : Il nous guidait vers notre avenir. C’est alors seulement que nous comprenons qu’Il ne nous a jamais quittés. Il a mené le voyage de bout en bout.

 

Visionner :  Malachie 1e partie