
Avoir le courage et les bonnes raisons d’agir.
La première de plusieurs choses
Le jardin d’Éden fut le théâtre de nombreuses « premières fois ». C’est là que Dieu confia sa première mission à l’homme : « Travaille et garde le jardin. » Certains rabbins (Bereshit Rabbah) interprétaient ce jardin comme étant le Temple ; ainsi, la tâche d’Adam était aussi perçue comme une œuvre spirituelle, un acte d’adoration. Saviez-vous que le mot hébreu pour travail et adoration est le même mot : avodah ?
Parmi les nombreuses premières fois survenues au Jardin d’Éden, laquelle est la première ? Le premier mariage, et le principe fondamental de cette union, puisque l’homme et la femme allaient désormais ne faire qu’un. Parmi les autres premières, on compte la première tentation, le premier péché, le premier sentiment de culpabilité et de honte, et le premier choix vestimentaire de l’humanité. On pourrait appeler cela la première garde-robe : les feuilles de figuier.
La confrontation divine
Mais une autre première eut lieu au jardin d’Éden, en lien avec notre sujet actuel : la première confrontation divine. Ce dialogue entre le Seigneur et Adam nous éclaire sur l’art de la confrontation et sur les expériences et conséquences positives qu’elle peut engendrer lorsqu’elle est menée à bon escient.
Le mot « confrontation » vient du latin « con », qui signifie « avec, ensemble », et « frons », qui signifie « front, visage ». Le sens est de se retrouver face à face, de se confronter directement. Malheureusement, nous avons tendance à croire que ce mot signifie attaquer de front ou accuser quelqu’un en le coinçant.
Cependant, d’un point de vue biblique, la confrontation a pour but de révéler la vérité divine et, en définitive, une restauration et une réconciliation avec Dieu et avec autrui. Elle n’est pas destinée à blesser ou à détruire, mais à édifier et à instruire.
Fuir le problème
Comme Adam et Ève, la plupart d’entre nous n’aimons pas que nos péchés soient exposés et nous détestons être pris en flagrant délit. Nous faisons tout notre possible pour éviter d’affronter les conséquences de nos mauvais choix. De même, nous sommes très mal à l’aise lorsque nous devons confronter quelqu’un d’autre à ses fautes. La solution n’est pas d’éviter ou d’ignorer le dilemme. Dieu n’a pas abandonné Adam et Ève parmi les arbres du jardin. Lorsque nous n’abordons pas les conflits ou les fautes spirituelles dans nos relations, le malaise dans nos cœurs s’accentue, menant souvent à la colère, à la frustration et au ressentiment, qui à leur tour provoquent des explosions émotionnelles et une rupture de confiance, sans perspective de paix. « La sagesse se trouve sur les lèvres de celui qui est intelligent, mais le bâton est pour le dos de celui qui manque de discernement. » (Proverbe 10.13) La confrontation biblique, lorsqu’elle est menée correctement, peut et doit révéler ce qui est mal et établir ce qui est juste et saint. Nous avons besoin de sagesse, de courage et d’amour pour que ce genre de rencontre soit significatif et fructueux.
La première question que nous pourrions nous poser est de savoir si nous voulons changer l’habitude de cette personne ou plutôt rechercher le renouveau et la restauration. Jacques 5. 19-20 « Mes frères et sœurs, si l’un d’entre vous s’égare loin de la vérité et que quelqu’un le ramène, souvenez-vous de ceci : celui qui ramène un pécheur de son égarement le sauvera de la mort et couvrira une multitude de péchés. »
Une promenade avec Dieu au jardin d’Éden
Allons nous promener avec Dieu au jardin d’Éden et voyons comment il a confronté Adam et Ève. Remarquez comment Dieu entre en scène, en « marchant », dans le jardin. Immédiatement, nous ressentons des émotions mesurées, une quête calme et non pas empreinte de colère. Le même mot hébreu est également utilisé pour décrire le Seigneur marchant au milieu de son peuple. Voyons Lévitique 26. 12 « Je marcherai au milieu de vous, je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple. » Il ne s’agit pas d’une poursuite agressive. Certains pourraient dire que la voix de Dieu était tonitruante, ce qui aurait pu effrayer notre premier couple et les faire fuir dans les buissons. Mais, bien que la voix de Dieu puisse être extrêmement forte (comme lors de l’ascension du mont Sinaï et du don de la Loi), il est peut-être préférable de considérer ses manifestations (c’est-à-dire sa voix) comme étant adaptées à chaque circonstance. Oui, la voix de Dieu pouvait aussi être douce et discrète, comme dans le récit d’Élie dans 1 Rois chapitre 19. Ainsi, Dieu est proche de par sa présence. Nous ne pourrons jamais envisager de rétablir une relation ou d’affronter la situation si nous gardons nos distances. Prions pour avoir ce courage.
Poser les bonnes questions
L’une des manières bibliques d’aborder un problème est de poser une question plutôt que de lancer une accusation. Lorsque le Seigneur demande : « Où es-tu ? », Il n’a pas besoin de connaître la localisation géographique d’Adam. Au contraire, la formulation interrogative invite au dialogue et réduit la probabilité d’une réaction défensive de la part de la personne interpellée. Prenons un exemple : « Tu m’interromps toujours quand je parle », plutôt que, sous forme de question : « Est-ce que tu m’interrompais volontairement, ou pensais-tu que j’avais fini ? » Interroger quelqu’un lui donne l’occasion de réfléchir, l’espace nécessaire pour répondre et méditer, et la possibilité de s’exprimer et non se défendre.
Remarquons que Dieu ne force pas Adam à avouer, mais, en le questionnant, Il révèle progressivement le fond du problème. Dieu pose quatre questions au total : trois à Adam et une à Ève. Et il est important de noter qu’au serpent, Dieu ne pose aucune question, mais prononce immédiatement un jugement. L’intention de Dieu n’était pas de réconcilier ou de racheter le serpent, contrairement à ce qu’il fait avec nous.
Éveiller les consciences
Dieu aide Adam à comprendre sa peur, lui révèle la réalité de sa honte et expose sa désobéissance. Cette méthode est très efficace car on subit souvent les conséquences de ses péchés avant d’en comprendre l’origine. La confrontation entre Nathan et David en est un bon exemple. Le péché de David, le meurtre d’Urie et l’enlèvement de Bathscheba, son épouse, nécessitait l’intervention d’un prophète. Des épreuves s’abattaient sur David (la mort du bébé), mais ce n’est qu’après la parabole du prophète qu’il a pris pleine conscience de son péché. C’est une autre manière puissante dont Dieu nous amène à prendre conscience de nos fautes. Et, lorsque nous confrontons les autres, notre but ne doit pas être de condamner ni de faire honte. Nous devons vouloir restaurer et réconcilier nos relations avec Dieu et avec les autres. Notre désir est de susciter le repentir et le changement.
Pensons à une personne que nous devons aborder cette semaine. Prions pour que notre rencontre soit guidée par un esprit patient et bienveillant. Soyons sincères et aimants et choisissons de faire de la confession un chemin vers le repentir et la restauration. Soyons courageux et pleins d’espoir. Il y a encore beaucoup à dire sur l’art de la confrontation biblique, que nous explorerons ensemble dans de prochains articles. Pour l’instant, prions et préparons notre approche avec piété.