Lisons comment débute le commandement : Lévitique 23. 23-24. « L’Éternel parla encore à Moïse en ces termes : « Parle aux enfants d’Israël et dis-leur : Au septième mois, le premier jour du mois, vous aurez un jour de repos (Shabbaton), une commémoration (Zikaron) marquée par des éclats de trompette (Teru’ah), une sainte convocation (Miqra Qodesh). »

 

Cela nous amène à deux questions importantes : que sommes-nous censés commémorer, et pourquoi Dieu ordonne-t-il la teruah ? Le commandement fondamental figure dans le verset que nous venons de lire, suivi du verset 25 qui insiste à nouveau sur la cessation de toute activité ordinaire : « Vous ne ferez aucune œuvre servile, et vous offrirez à l’Éternel un sacrifice consumé par le feu. » Fait remarquable, c’est tout ce qui nous est dit !

 

Pour la Pâque, la fête des Pains sans levain, Chavouot, Yom Kippour et Souccot, la Torah fournit des explications détaillées sur leur observance et leur signification. En revanche, pour Yom Teru’ah, nous ne recevons que ces quelques brèves instructions, pratiquement sans aucune explication sur le « pourquoi ». Plus loin, en Nombres 29. 1-6 ce jour est mentionné à nouveau, mais pour se concentrer principalement sur les sacrifices à offrir.

 

Nous nous retrouvons donc face à des questions fascinantes. On nous dit que c’est un jour de Zikaron, de souvenir, de commémoration. Mais le souvenir de quoi ? Il nous est ordonné de faire retentir une Teruah — un son de trompette —, mais pourquoi ? Quelle est l’occasion ? Qu’annonce-t-on ? Nous sommes appelés à nous rassembler pour une Miqra Qodesh — une sainte convocation. Mais quel est l’objet de ce rassemblement ? La réponse ? La Torah ne nous le dit pas explicitement. Les commentateurs juifs eux-mêmes ont reconnu cette difficulté. Ibn Ezra, vénéré commentateur médiéval, a évoqué les mystères entourant cette fête. Quelque 350 ans plus tôt, Abarbanel s’interrogeait déjà sur les raisons pour lesquelles la Torah n’explique pas la finalité de cette fête. Le mystère est donc bien réel. Tout cela fait de Yom Teruah une fête fascinante. C’est précisément cette absence d’explication qui, au fil des siècles, a ouvert la voie à de nombreuses traditions et interprétations autour de cette fête. Certaines de ces traditions se sont si bien ancrées que, pour beaucoup de Juifs aujourd’hui, il est parfois difficile de distinguer ce que dit réellement la Torah de ce que la tradition juive ultérieure y a ajouté. L’exemple le plus frappant est peut-être le nom même sous lequel la fête est aujourd’hui communément connue : Rosh Hashanah, soit« Tête ou début de l’année » ou « Nouvel An ». Avec le temps, le premier jour du septième mois en est venu à être célébré comme le Nouvel An juif, s’imposant comme l’une des grandes fêtes solennelles du judaïsme.

 

Cependant, beaucoup de Juifs l’ignorent peut-être : la Torah ne désigne jamais cette fête sous le nom de Rosh Hashana. En fait, selon le calendrier biblique, il ne s’agit pas du premier mois. C’est explicitement le septième mois de l’année du calendrier hébraïque. Le Lévitique ne pourrait être plus clair : « Au septième mois, le premier jour du mois… » ce que nous venons de lire au verset 24. Cette fête constitue un excellent point de départ pour comprendre la distinction entre le judaïsme biblique et les évolutions ultérieures du judaïsme rabbinique.

 

Examinons maintenant la signification prophétique de cette fête en lien avec la venue du Messie. Encore une fois, que devons-nous commémorer (Zikaron) ? Et quel est l’appel lancé (Teruah) ? Cela nous amène à cette sainte convocation : Miqra Qodesh. Intéressons-nous d’abord à l’appel : la teruah. Ce mot peut désigner le son du shofar ou de la trompette, mais il peut aussi décrire un cri puissant ou une clameur. Dans les Écritures hébraïques, la teruah servait de signal d’alarme, d’avertissement, de convocation ou de cri de guerre. Chez Jérémie, elle annonçait une guerre imminente. Chez Ézéchiel, Amos et Sophonie, elle apparaissait dans des contextes de combat et de jugement. Ainsi, lorsque Israël entendait le mot teruah, il ne s’agissait pas nécessairement d’une musique d’ambiance paisible. C’était un son qui captait l’attention pour dire : Réveillez-vous ! Quelque chose arrive ! Tenez-vous prêts !

 

Remarquez maintenant la place qu’occupe Yom Teruah dans le calendrier des fêtes de l’Éternel. C’est la première des fêtes d’automne. Quelle fête vient ensuite ? Yom Kippour, le Jour des Expiations. Yom Teruah sonne l’alarme ; Yom Kippour nous place face au péché, à l’expiation et au jugement. Au plan prophétique, cette séquence est d’une profonde signification. D’abord retentit la trompette. Puis vient le jugement. Yom Kippour nous oriente vers le temps à venir de la plus grande affliction et de la repentance nationale pour Israël, une période que les prophètes décrivent et que le Nouveau Testament identifie comme la Grande Tribulation. Aujourd’hui, dans la tradition juive, Rosh Hashanah marque le début des 10 jours de repentance qui culminent au Yom Kippour, le Jour des Expiations et du jugement. La semaine dernière, j’ai regardé une courte vidéo dans laquelle un rabbin décrivait Rosh Hashana comme un jour terrifiant. Il l’a d’ailleurs répété par trois fois. Pourquoi ? Parce que, selon la conception traditionnelle qu’il exposait, c’est le moment où Dieu juge l’humanité, ce jugement atteignant son apogée au Yom Kippour. Il évoquait principalement le jugement individuel. Cependant, les prophètes bibliques parlent aussi avec force du jugement des nations, en particulier concernant Israël et les peuples de la terre à la fin des temps. Et voici un point sur lequel nous pouvons assurément nous accorder : c’est le moment de se repentir. C’est le moment de chercher Dieu. C’est le moment de rechercher sa voie de salut.

 

Peut-être le langage employé dans Lévitique 23 revêt-il ici une signification particulière. Zikaron : Souvenez-vous ! Souvenez-vous de ce que Dieu a dit. Souvenez-vous de Ses avertissements. Souvenez-vous de Ses promesses. Souvenez-vous de ce que les prophètes ont annoncé concernant le jour où l’humanité devra comparaître devant Lui. Vient ensuite : Teru’ah : Sonnez l’alarme ! Les prophètes utilisent à maintes reprises la trompette pour avertir que le danger et le jugement s’approchent. Puis apparaît la troisième expression : Miqra Qodesh : une sainte convocation de se rassembler devant le Seigneur. C’est ici que nous atteignons la grande ligne de démarcation des Écritures. Lorsque le jugement de Dieu survient, il n’existe finalement que deux positions possibles : être avec Dieu, sous sa protection et on salut, ou être loin de Lui, face au jugement et dépourvu de ce refuge. Ainsi, le message de Yom Teruah ne relève pas uniquement du passé. Son appel résonne encore : préparez-vous à rencontrer votre Dieu. C’est que Rosh Hashana nous renvoie, en fin de compte, à cette question fondamentale : où trouver refuge quand le jugement arrive ?

 

 

Visionner : Yon T’ruah – Le son de la Bienheureuse Espérance