Alors que nous poursuivons notre étude de ces textes puissants, les chapitres 9 à 11 de l’épître aux Romains, nous nous penchons aujourd’hui plus particulièrement sur le chapitre 10, une dimension profondément personnelle se révèle. Nous percevons le cœur de l’apôtre Paul. Derrière ses arguments, ses questions répétées, son insistance et même ses répétitions, on peut presque entendre le cri d’un cœur blessé : celui d’un Juif affligé pour son propre peuple.
Une ombre semble planer sur les chapitres 9 à 11 : celle de la longue histoire d’hostilité envers Israël. Depuis l’époque de l’Égypte, où Pharaon cherchait à anéantir Israël, jusqu’aux jours précédant immédiatement le Second Avènement, moment où, selon les prophètes, toutes les nations se rassembleront contre Jérusalem, le peuple juif a été maintes et maintes fois confronté à l’hostilité.
Paul connaissait assurément ces prophéties. Romains 9 à 11 contient 17 citations prophétiques distinctes, et l’apôtre en appelle constamment aux prophètes pour étayer son argumentation. Il connaissait sans aucun doute les paroles de Jérémie concernant « le temps de la détresse (angoisse) de Jacob ».
Paul connaissait le passé d’Israël et ses souffrances. Et, grâce aux prophètes, il savait ce qui l’attendait encore. Ces réalités devaient être profondément ancrées dans l’univers de Paul, un monde qui, comme nous l’avons souligné lors de notre première étude, ressemble au nôtre. À cette époque, un vif sentiment anti-Juif régnait à Rome, en Égypte, en Syrie et en Asie mineure, ainsi que parmi les intellectuels grecs et romains. Bon nombre des stéréotypes d’alors sont frappants de ressemblance avec ceux que l’on retrouve aujourd’hui.
Paul connaissait l’antisémitisme et en a fait l’expérience ; c’est ce qui transparaît véritablement dans ses écrits. C’est pourquoi ces trois chapitres nous semblent si actuels aujourd’hui, car nous voyons nous aussi ces mêmes phénomènes s’élever autour de nous. Peut-être est-ce précisément ce qui a poussé Paul à exhorter, voire à supplier, les croyants de proclamer la Parole à tous les peuples ainsi qu’à Israël. Avez-vous remarqué à quel point, au chapitre 10 de l’épître aux Romains, il insiste sur l’évangélisation ? Il commence par ces mots : « Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés. » Aussitôt, Paul explique la voie du salut. Au verset 8, citant Moïse, il déclare : « La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. » Puis, au verset 9, il nous indique comment confier notre vie à Yeshua : « Si tu confesses de ta bouche que Jésus est Seigneur et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. » Paul cite ensuite Ésaïe 28 et déclare, au verset 11 : « Quiconque croit en lui ne sera pas déçu. » Citant Joël ensuite, il affirme au verset 13 : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » Il convient donc de poser quelques questions : quel est le lien entre cette insistance sur l’évangélisation et Israël ? L’hostilité croissante envers le peuple juif aurait-elle pu décourager certains croyants issus des nations de leur annoncer la Bonne Nouvelle de Yeshua ? Et pourquoi, au beau milieu d’un chapitre qui s’ouvre sur le désir ardent de Paul de voir Israël sauvé, insiste-t-il au verset 12 en disant : « Il n’y a aucune distinction entre Juifs et non-Juifs, car le même Seigneur est le Seigneur de tous… » ?
Pourquoi Paul éprouve-t-il le besoin de dire cela ici, à ce moment précis ? Se peut-il que Paul ait déjà craint qu’à mesure que la communauté des croyants s’ouvrait davantage aux non-Juifs, Israël ne soit négligé dans la proclamation de l’Évangile qui leur était destinée ? Après tout, « il n’y a pas de distinction entre Juifs et non-Juifs » ; tous ont donc besoin d’entendre le même Évangile de vérité. Le même Seigneur est le Seigneur de tous. Le même Messie sauve tout le monde. Le même Évangile est offert à tous. Par conséquent, Juifs comme non-Juifs ont un égal besoin du salut. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi, dans le livre des Actes, Paul commençait toujours par se rendre à la synagogue de la ville où il arrivait pour proclamer le Messie au peuple juif ? Nous le voyons ainsi à Damas, Salamine, Antioche de Pisidie, Iconium, Thessalonique, Bérée, Athènes, Corinthe et Éphèse.
Inlassablement, Paul se rendait d’abord à la synagogue, peut-être pour rappeler à ces croyants issus du monde païen de suivre sa démarche d’évangélisation et de ne pas négliger le peuple d’Israël. Cela nous aide peut-être à saisir toute la force des questions que Paul pose dans Romains 10. 14 : « Comment donc invoqueront-ils Celui en qui ils n’ont pas cru ? Comment croiront-ils en Celui dont ils n’ont pas entendu parler ? Et comment en entendront-ils parler si personne ne prêche ? » Comment entendront-ils ?
Or, force est de constater que la question ne s’est pas éteinte après 2000 ans. Ici, le terme « prêcher » ne désigne pas un pasteur ou un évangéliste de profession, mais simplement une personne qui proclame le message. Il faut bien que quelqu’un leur apporte la Parole du Messie. Ce message s’adresse à tous les croyants. Si cela est vrai, alors la question de Paul interpelle toujours l’Église aujourd’hui : comment entendront-ils si personne ne va vers eux ? Dans le contexte de Romains 10, ce « ils » désigne bien le peuple juif. À mesure que nous percevons le cœur de Paul tout au long de ce chapitre, son fardeau se transforme en un appel à l’action. Il nous exhorte à aller, à proclamer et à faire entendre la Parole de Dieu. Une fois de plus, il se tourne vers les prophètes. En Romains 10 verset 15, il cite Ésaïe 52. 7 : « Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles ! »
Quel magnifique encouragement à aller partager la Bonne Nouvelle ! Toutefois, lorsque nous revenons au texte d’Ésaïe 52, la citation de Paul gagne encore en puissance. Remarquons d’abord à qui ces paroles s’adressent. Ésaïe s’adresse à Sion et à Jérusalem, dépeintes comme captives et opprimées. C’est ainsi que débute Ésaïe 52, verset 2 : « Secoue ta poussière, lève-toi, Jérusalem captive ! Détache les liens de ton cou, fille captive de Sion ! » Nous voyons ici Israël souffrir sous la domination des nations durant la Diaspora, tout comme le peuple juif était dispersé parmi les nations à l’époque de Paul et demeure dispersé à travers le monde aujourd’hui. C’est alors qu’un événement extraordinaire se prépare. Dieu annonce qu’Il vient ! Il déclare au verset 6 : « C’est pourquoi Mon peuple connaîtra Mon nom ; c’est pourquoi, en ce jour, c’est Moi qui parle : « Me voici. » Immédiatement après vient le verset que cite Paul : « Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds de celui qui apporte une bonne nouvelle, qui annonce la paix et proclame le bonheur, qui annonce le salut… » Saisissez-vous la beauté et la puissance de la citation de Paul ?
La Bonne Nouvelle commence, en fin de compte, par Dieu Lui-même venant sauver Son peuple. Remarquez comment le passage d’Ésaïe se poursuit au chapitre 52, verset 13, avec le grand passage consacré au Serviteur. « Voici, Mon Serviteur, le Messie, prospérera… » selon la formulation du Targum d’Ésaïe. À partir de là, nous entrons dans le chapitre 53 d’Ésaïe, où l’identité et la mission de ce Serviteur se dévoilent à nous. « Il fut méprisé et rejeté. Il fut transpercé à cause de nos transgressions. L’Éternel a fait retomber sur Lui l’iniquité de nous tous. »
Visionner : Romains 9-11, 5e partie – Le Peuple oublié que Dieu n’a jamais oublié