Peu de livres ont marqué l’histoire du christianisme aussi profondément que l’Épître aux Romains. Beaucoup l’ont qualifiée de véritable cœur du Nouveau Testament. Or, au centre même de ce grand livre, se trouve un sujet que bien des églises ont négligé pendant des siècles : Israël — son passé, son présent et son avenir. S’il est un livre dans le Nouveau Testament qui se lève pour défendre, soutenir et affirmer les desseins de Dieu pour Israël, c’est bien l’Épître aux Romains. Toutefois, la défense de Paul ne commence pas subitement au chapitre 9. En réalité, il prépare son argumentation bien avant d’aborder ce chapitre et les suivants ; tout au long des chapitres précédents, il fait à maintes reprises référence aux Juifs et à Israël.

 

C’est donc en Romains 8 qu’il commence à bâtir ce qui est peut-être son argument le plus puissant. Voyez comment il procède : il commence par montrer à quel point le croyant est en sécurité en Dieu. Son message est sans équivoque : rien ni personne ne peut nous séparer de l’amour de Dieu. La structure même de Romains 8 est remarquable. Le chapitre s’ouvre sur ces mots : « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ » (Romains 8. 1). Il se termine par : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » ( 8. 39). Il commence par l’absence de condamnation. Il s’achève sur l’absence de séparation. Vers la fin du chapitre, Paul pose trois grandes questions, chacune commençant par le mot « Qui ? » « Qui accusera les élus de Dieu ? Qui est celui qui condamne ? Qui nous séparera de l’amour du Messie ? » (Romains 8. 33-35). Et la réponse catégorique à chaque question est « Personne ». Aucune accusation. Aucune condamnation. Non, rien donc ne peut séparer le peuple de Dieu des promesses de Dieu. Mais Paul ne s’arrête pas là. Comme pour dissiper tout doute subsistant, il va encore plus loin. Dans Romains 8. 38-39, il énumère 10 réalités : la mort, la vie, les anges, les dominations, les choses présentes, les choses à venir, les puissances, la hauteur, la profondeur et, enfin, toute autre créature. Il déclare ensuite qu’aucune de ces réalités n’a le pouvoir de séparer le peuple de Dieu de l’amour de Dieu en Jésus-Christ.

 

Ce chapitre puissant de Romains 8 est largement considéré, au sein du christianisme, comme l’un des plus aimés, cités, mémorisés et prêchés, ainsi que l’un des plus influents de toute la Bible. On l’a qualifié de « L’Everest du Nouveau Testament ». C’est le chapitre de la victoire du chrétien. C’est alors qu’un fait remarquable se produit. Sans changer de sujet ni faire de pause — rappelons qu’il n’y avait pas de division en chapitres dans la lettre à l’origine —, Paul enchaîne immédiatement avec le chapitre 9 de l’épître aux Romains. C’est un point très significatif, car le sujet qu’il aborde aussitôt après est Israël.

 

Après avoir proclamé avec tant d’audace que les élus de Dieu ne peuvent jamais être séparés de son amour, Paul anticipe la question qui s’impose : si cela est vrai pour les croyants, qu’en est-il d’Israël ? Les promesses de Dieu à la nation qu’il a choisie ont-elles fait défaut ? Dieu a-t-il abandonné le peuple auquel appartenaient les alliances, les promesses et le Messie lui-même ? C’est alors que nous arrivons à Romains 9. 4-5 où nous trouvons en deux versets huit privilèges énumérés pour Israël — auxquels s’en ajoute un mentionné dans le chapitre 3. 2. (les oracles de Dieu). Au total, ils sont au nombre de neuf, tout comme les neuf fruits de l’Esprit en Galates chapitre 5 ou les neuf ministères des croyants en 1 Corinthiens chapitre 12.Voici ce que disent ces deux versets de Romains 9. 4-5 : « Ce sont des Israélites ; à eux appartiennent l’adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte et les promesses ; à eux appartiennent les patriarches, et c’est d’eux qu’est issu, selon la chair, le Messie, qui est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement. Amen. » La première chose que l’on remarque, c’est que Paul ne s’exprime pas au passé, mais au présent. Il ne présente pas les privilèges d’Israël comme appartenant à une époque révolue. Il ne dit pas « à qui appartenaient les alliances », comme si Dieu avait discrètement changé les serrures, déménagé les meubles et remis les clés à quelqu’un d’autre…

 

Paul commence maintenant par le premier privilège d’Israël : l’adoption. J’aime cela, car l’adoption était l’un des grands thèmes du chapitre précédent. Le cheminement de l’argumentation de Paul est magnifique et réfléchi. Mais remarquez qu’il aborde l’adoption différemment dans Romains chapitre 8 que dans le chapitre 9. En Romains 8, il est dit aux croyants qu’ils ont reçu l’adoption. Dans Romains 9, il est dit qu’Israël possède l’adoption. Le verbe change. Le croyant « reçoit » l’adoption ; Israël « possède » l’adoption. Passons au huitième privilège d’Israël, qui est bien sûr le plus grand de tous : le Messie lui-même. Yeshua, Jésus, est issu d’Israël, car il était Juif. Il est le descendant d’Abraham et provient de la tribu de Juda. Il est né à Bethléem, tout comme les prophètes l’avaient prédit. Il a été circoncis le huitième jour. Il a grandi dans un foyer juif, a adoré Dieu à la synagogue, a célébré les fêtes d’Israël et a enseigné à partir des Écritures hébraïques. Tout au long de sa vie terrestre et de son ministère, il a vécu en tant que Juif au milieu de son propre peuple. Pourtant, son lien avec Israël ne s’est pas arrêté à son ascension. Selon les Écritures, il reviendra sur la terre même qu’il a quittée. Il reviendra en Israël. Ses pieds se poseront sur le mont des Oliviers et, depuis Jérusalem, Il établira son royaume et régnera sur toute la terre. On se souviendra à jamais de son lien avec son peuple terrestre et de son ministère terrestre. Le ciel lui-même témoigne de cette réalité.La cité éternelle est appelée la Nouvelle Jérusalem. Et sur ses 12 portes sont inscrits les noms des 12 tribus d’Israël. Pour l’éternité, les rachetés de toutes les nations entreront par des portes portant des noms juifs. Quel témoignage de la fidélité de Dieu ! Yeshua n’a pas rejeté Israël. Ainsi, en considérant ces neuf privilèges, nous devons nous poser la question : est-ce raisonnable, est-il logique de mépriser le peuple même par qui Dieu a tant donné au monde ? Aujourd’hui, Israël fait souvent l’objet de désinformation, d’hostilité et d’une haine qui semble étrangement disproportionnée par rapport à sa taille et à son influence. Paul en avait vu les prémices à son époque. Il connaissait les Écritures. Il connaissait les prophéties. Et il éprouvait une profonde tristesse pour son peuple. Ainsi, aujourd’hui peut-être plus que jamais, la Parole de Dieu nous appelle à prier pour Israël et à soutenir le peuple juif alors qu’il fait face à une pression et à une opposition croissantes. Les Écritures nous disent que ces tensions ne diminueront pas à mesure que l’histoire avance vers son dénouement. Mais la fidélité de Dieu, elle, ne faiblira pas non plus. Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables.

 

 

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