Une question importante se pose à propos de cette partie remarquable (chapitres 9 à 11) de l’épître aux Romains : pourquoi Paul a-t-il écrit cette lettre ? La réponse est étroitement liée à Israël. Nous sommes sur le point de découvrir quelque chose de remarquable. Bien que ces chapitres de l’épître aux Romains traitent explicitement d’Israël, le sujet ne s’y limite pas. La place d’Israël dans le plan rédempteur de Dieu est tissée tout au long de la lettre. Dès le premier chapitre, Paul pose des fondements qui trouvent leur pleine expression dans ces trois chapitres.
D’abord, examinons la situation du monde à cette époque. Lorsque nous ouvrons l’épître aux Romains, un fait nous frappe immédiatement : à bien des égards, le monde du premier siècle ressemblait étonnamment à celui dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Premièrement, il y avait une vague généralisée d’antisémitisme, très semblable à celle que nous observons de nos jours.
Deuxièmement, Israël lui-même vivait en mode survie, luttant pour sa propre existence. À peine quinze ans après que Paul a écrit cette lettre, Jérusalem, le Temple et la nation allaient être dévastés par les Romains en l’an 70 apr. J.-C. Et en tant qu’étudiants des prophéties, nous savons que les Écritures prédisent un scénario similaire avant la seconde venue du Messie.
Troisièmement, il existait de profondes divisions au sein même d’Israël, notamment entre les chefs religieux et le peuple. Là encore, c’est une situation que nous observons en Israël aujourd’hui.
Quatrièmement, une grande agitation régnait dans le monde entier. Paul a vécu durant ce que les historiens appellent la « Pax Romana », la « Paix romaine ».
Pourtant, le premier siècle fut tout sauf paisible. Révoltes, persécutions, troubles politiques et guerres étaient monnaie courante dans tout l’Empire. Rome maintenait la paix, mais souvent par l’épée. À bien des égards, cette agitation reflète l’instabilité qui nous entoure aujourd’hui. Les chapitres 9 à 11 de l’épître aux Romains ne constituent pas une parenthèse théologique ; ils représentent la réponse de Paul à une crise historique et spirituelle, semblable à celle que nous traversons actuellement.
Intéressons-nous maintenant à la ville de Rome elle-même, où se trouvait cette communauté. À peine six ans avant que Paul n’écrive cette lettre, en l’an 49 après J.-C., la population juive avait été expulsée de Rome. Cet événement est mentionné dans le Nouveau Testament. Dans Actes 18. 1-2, il est dit qu’à son arrivée à Corinthe, Paul rencontra un couple de Juifs, Aquilas et Priscille, qui venaient tout juste de Rome car Claude avait expulsé tous les Juifs de la ville. Paul noua des liens très étroits avec eux, non seulement parce qu’ils partageaient la même foi, mais aussi parce qu’ils exerçaient le même métier : ils étaient tous fabricants de tentes.
Mais ce n’était pas la première fois que les Juifs étaient expulsés de Rome. Près de trente ans auparavant, en l’an 19 après J.-C., sous le règne de l’empereur Tibère, les Juifs avaient déjà été chassés de la ville. Ainsi, bien avant que Paul n’écrive l’épître aux Romains, la communauté juive de Rome vivait déjà sous le poids de la suspicion, de l’hostilité et du rejet. L’antisémitisme y était omniprésent. C’est dans ce climat que Paul a rédigé cette lettre remarquable, ainsi que les autres. Mais la situation à Rome n’était pas un cas isolé. Prenons l’exemple de l’Égypte : le philosophe et historien juif Philon nous apprend qu’environ un million de Juifs y vivaient à son époque. Pourtant, de la période du 3e siècle avant J.-C. jusqu’au Ier siècle après J.-C., l’Égypte est devenue un foyer majeur de littérature antijuive. L’hostilité envers le peuple juif n’était pas seulement tolérée ; elle était souvent encouragée et attisée. La situation rappelle étrangement celle d’aujourd’hui, où ce type de littérature est largement diffusé dans des médias. Puis, en l’an 38 après J.-C. — soit à peine 17 ans avant que Paul n’écrive l’épître aux Romains —, l’une des pires émeutes antijuives de l’Antiquité éclata à Alexandrie. De nombreuses synagogues furent profanées et détruites. Dans son ouvrage « Contre Flaccus », Philon décrit comment les Juifs furent chassés de leurs quartiers et confinés dans une zone très restreinte de la ville, une situation qui s’apparente beaucoup à ce que nous appellerions aujourd’hui un ghetto. Réfléchissons-y un instant : c’est dans ce monde que Jésus a vécu. Il était pleinement conscient de cette vague croissante d’hostilité envers son propre peuple, car il était lui-même Juif. Il avait environ 12 ans — le même âge que Philon — lorsqu’une émeute antijuive éclata en Égypte.Il était conscient de la montée de l’antisémitisme dans le monde. Cela ne fait donc qu’accentuer la douleur et le chagrin que Paul exprime avec tant de ferveur dans ce passage très puissant et singulier de Romains 9. 1-3, où il déclare : « Je dis la vérité en Christ, je ne mens pas – ma conscience m’en rend témoignage par le Saint-Esprit : j’éprouve une grande tristesse et j’ai au cœur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-même être anathème, séparé de Christ, pour mes frères, mes parents selon la chair, qui sont Israélites… » Remarquez comment Paul commence : « Je dis la vérité en Christ, je ne mens pas – ma conscience m’en rend témoignage par le Saint-Esprit. » Paul invoque trois témoins pour attester la sincérité de son amour pour Israël : le Messie lui-même, le Saint-Esprit et sa propre conscience.
Premièrement, il cite le Messie. La véracité des paroles de Paul repose sur Yeshua, qui est Lui-même la Vérité, la Parole de Dieu. Deuxièmement, il mentionne le Saint-Esprit, qui rend témoignage à la vérité et la confirme dans le cœur du croyant. Et troisièmement, Paul évoque sa conscience. La conscience est comme un système d’alerte intérieur placé en nous par Dieu ; elle nous avertit lorsque nous sommes dans l’erreur et nous confirme que nous marchons dans la lumière. La conscience de Paul est pure, non parce qu’il se fie à ses propres sentiments, mais parce qu’elle est en harmonie avec le Messie et sous le témoignage du Saint-Esprit. Mais pourquoi Paul insiste-t-il autant sur la place d’Israël ? Sans doute en raison de la persécution acharnée dont Israël est l’objet et du doute croissant quant à l’amour de Dieu pour cette nation, du fait qu’elle a rejeté le Messie. C’est pourquoi il insiste sur ce point. En somme, il déclare : « Ne doutez pas un seul instant de moi. J’aime mon peuple. Mon cœur souffre pour Israël. Il n’y a pas la moindre ombre de doute à ce sujet. »
Visionner l’étude Romains 9-11 – 1e partie : Les chapitres oubliés : Le plan inachevé de Dieu pour Israël