Qui était Néhémie, et pourquoi son histoire résonne-t-elle encore si profondément aujourd’hui ? Néhémie semble surgir de nulle part : il n’était ni sacrificateur, ni prophète, ni haut dignitaire politique. Il exerçait une profession profane. Il était l’échanson chargé de goûter le vin pour s’assurer de la qualité pour le roi, donc fonctionnaire à la cour d’un pays étranger.

 

Cependant, ce qui fait de Néhémie un homme si remarquable, c’est son amour profond pour son peuple – un amour et une compassion puisant leur source dans sa connaissance intime de Dieu et de sa Parole. Cette profondeur spirituelle se reflète magnifiquement dans la prière puissante qu’il adresse. Cette prière est véritablement spéciale, soigneusement élaborée, avec les mots justes et les exigences appropriées, s’appuyant sur des promesses et des actions passées de Dieu.

 

L’amour de Néhémie pour Dieu imprégnait chaque aspect de sa vie, comme en témoigne tout le livre, malgré les circonstances extrêmement difficiles auxquelles il était confronté. En somme, il s’agit du seul livre de la Bible qui soit proprement une autobiographie, unique dans les Écritures. C’est comme si le Seigneur disait : « Voici un homme, comme vous, qui s’est élevé si haut, et vous le pouvez aussi. »

 

Remarquons justement la manière inhabituelle dont le livre commence : nous lisons «  les paroles de Néhémie ». La plupart des autres livres prophétiques commencent par les paroles du Seigneur à telle personne ou la vision de tel ou tel personnage, comme dans les cas de Daniel, Osée, Joël, Michée et bien d’autres.

 

L’expression « paroles de Néhémie », דִּבְרֵי נְחֶמְיָה (div-reh Ne-ḥe-myah), suggère un récit à la première personne, à la manière d’un journal intime ou d’un journal historique. Au XIXe siècle, le rabbin Malbim expliquait que le mot דָּבָר (davar) signifie bien plus qu’une simple « parole ». Il désigne également un sujet, un événement, une affaire ou une révélation, autant de significations présentes dans la vie de Néhémie. Ailleurs dans la Bible, ce mot hébreu davar est parfois traduit par message ou conseil, et la vie de cet homme est riche d’enseignements.

 

Néhémie se distingue parmi les serviteurs de Dieu comme un laïc dont les paroles personnelles ont été conservées dans les Écritures. Son livre était écrit principalement à la première personne, ce qui nous permettait aussi d’être témoins de ses pensées, ses prières, ses réactions et les décisions qui ont façonné son leadership.

 

Commençons par examiner le contexte de ce livre. La diaspora du peuple juif débuta après la destruction du Temple en 586 avant J.-C., lorsqu’il fut déporté à Babylone. Plus tard, Babylone fut conquise par les Perses, et c’est là que nous nous trouvons au chapitre 1. Nous sommes à Suse, capitale de l’empire perse.

 

Mais quelque chose tourna mal. Lorsque les Juifs furent déportés à Babylone en 586 avant J.-C., leur exil devait durer 70 ans, comme le Seigneur l’avait annoncé par la bouche du prophète Jérémie. Autrement dit, vers 516 avant J.-C., les Juifs auraient dû retourner sur leur terre et commencer à la reconstruire. Or, la date mentionnée dans Néhémie est d’environ 445 avant J.-C., près de 70 ans après la date fixée pour le retour.

 

Pourtant, la plupart des Juifs restèrent tranquillement en Perse et continuèrent à vivre confortablement. Pourquoi ne sont-ils pas repartis ? Pourquoi tant d’entre eux sont-ils restés alors que les portes de la Terre promise étaient ouvertes ? Cela nous rappelle un autre moment de l’histoire d’Israël : lorsque le peuple quitta l’Égypte, le voyage vers la Terre promise devait durer une douzaine de jours. Mais, à cause de l’incrédulité et des hésitations, il se transforma en un périple de quarante ans.

 

Ce schéma se vérifie encore aujourd’hui ! Nous aussi, nous remettons souvent à plus tard ce que Dieu nous appelle à faire, en disant : « Demain » ou « Bientôt », et parfois, ce bientôt n’arrive jamais. Déjà, nous ressentons combien l’histoire de Néhémie nous exhorte à agir maintenant, à saisir l’opportunité au moment où Dieu nous ouvre la voie, et à faire confiance à son « timing » plutôt qu’à notre confort.

 

Pourtant, le peuple juif aurait dû savoir qu’il devait revenir rapidement. À peine trente ans avant l’époque de Néhémie, un haut fonctionnaire de la cour perse, nommé Haman, avait tenté d’exterminer toute la population juive. Par la providence divine, ils furent sauvés grâce à Esther et Mardochée, comme nous voyons dans le livre d’Esther. Il semble que le Seigneur ait permis cette persécution pour réveiller son peuple et le motiver à agir, car lorsque le confort nous endort, Dieu peut nous secouer !

 

Nous observons le même schéma dans le livre des Actes. L’Église primitive avait reçu l’ordre de se répandre dans le monde entier, et pourtant, elle s’est installée confortablement à Jérusalem. Puis survint la persécution, dispersant les croyants, mais où qu’ils aillent, l’Évangile les accompagnait.

 

Ainsi, les Juifs de l’époque de Néhémie n’étaient guère différents de ceux de l’Église primitive. Tous deux étaient appelés à quitter leur zone de confort et à préparer le terrain : les uns pour reconstruire Jérusalem en vue de la première venue du Messie, les autres pour proclamer son nom aux nations.

 

Néhémie devait également pressentir que le moment prédit par le prophète Daniel approchait concernant la reconstruction des murailles de Jérusalem et pourtant personne n’était là pour entreprendre les travaux.

 

Daniel avait prédit qu’avant la mort du Messie, il s’écoulerait 62 semaines, soit 434 ans, à partir du décret ordonnant la restauration et la reconstruction de Jérusalem. On peut lire cela dans Daniel 9. 25-26, une prophétie qui suit la prière de Daniel lui-même. Il y est dit : « Jérusalem… sera rebâtie, avec sa place et ses fossés, même en des temps de détresse… comme au temps de Néhémie. Puis, après les soixante-deux semaines, le Messie sera retranché. » Soixante-deux semaines d’années équivalent à 432 ans, ce qui correspond en effet à l’époque de Néhémie, vers 445 avant J.-C., au tout début de ce compte à rebours prophétique. Comme Daniel l’avait prédit, les murailles de Jérusalem furent reconstruites « dans des temps de détresse », exactement comme Néhémie le décrit au verset 3 de son livre.

 

Environ 445 ans après Néhémie, comme Daniel l’avait prédit, Yeshua est venu et a été retranché, c’est-à-dire qu’il est mort et ressuscité, accomplissant ainsi le plan divin à un moment précis voulu de Dieu. Cela montre l’importance de la génération de Néhémie, car la prophétie commençait à se réaliser sous ses yeux, ce qui  souligne la gravité du moment.

 

C’est alors qu’il s’est prosterné devant le Seigneur, pleurant, jeûnant et intercédant pour son peuple. Car il savait que l’Histoire ne repose ni sur les rois ni sur les armées, mais sur les prières de ceux qui intercèdent auprès de Dieu.

 

Arrêtons-nous un instant. Ne vivons-nous pas aujourd’hui un moment où la prophétie se réalise sous nos yeux, et où le Seigneur recherche ceux qui, comme Néhémie, s’humilieront, pleureront pour Sion et prieront pour sa paix ?

 

Comme au temps de Néhémie, le même appel retentit à nouveau : qui se lèvera pour rebâtir les remparts de la foi dans notre génération ? Qui se lèvera pour prier et défendre la Parole de Dieu ? Néhémie nous donne un exemple de prière et d’action à suivre.

 

Visionner : Néhémie 1e partie : Une prière qui a remué les cieux