À Montréal, il y a environ 100 000 Juifs, et nous sommes souvent confrontés à cette question: « Pourquoi devrions-nous nous adresser au Juif premièrement ? Romains 1 :16 n’est-il pas purement historique ? » L’argument sous-jacent est que nous sommes peut-être trop sélectifs dans notre approche et beaucoup trop bienveillants et partiaux vis-à-vis du Juif premièrement. Je demande souvent à nos frères et sœurs dans la foi qui s’opposent à cette approche s’ils ont eu l’occasion de témoigner auprès d’au moins une personne juive. Et surprise, la plupart d’entre eux avouent qu’ils connaissent peut-être une, deux ou plusieurs personnes juives, mais ils ne peuvent pas attester qu’ils les ont déjà approchées avec l’évangile. Alors, je les y encourage, et en m’appuyant sur Romains 1:16, je précise qu’ils devraient tout à fait inclure les Juifs parmi tous les peuples qui ont besoin d’entendre la Parole. Ils ne doivent pas se montrer eux-mêmes si tendancieux. À la lueur de la grande commission donnée par Yéchoua, tous les peuples devaient être touchés par l’Évangile, sans exception.

Bien que les Juifs ne représentent qu’un dixième d’un pour cent de la population mondiale, leur voix et leur présence viennent souvent compenser leur faible nombre. Par conséquent, si vous en trouvez un, il se peut très bien que ce soit Dieu qui vous ait attiré vers lui. Alors, pourquoi ne pas commencer avec un seul Juif ?

 

Historique ou purement rhétorique ?

Alors que beaucoup insistent aujourd’hui pour dire que Romains 1:16 est un passage à connotation historique, d’autres ont fait beaucoup d’efforts afin de s’assurer que la mention au Juif premièrement est à prendre au pied de la lettre pour aujourd’hui. Cette expression se trouve dans Romains 2:9 qui se lit: tribulation et angoisse sur toute âme d’homme qui fait le mal, sur le Juif premièrement, puis sur le Grec. L’accusation de déicide, résultant du rejet du Messie par les Juifs, est souvent utilisée pour expliquer pourquoi il faudrait comprendre Romains 2:9 au sens propre aujourd’hui. Si je suis d’accord pour dire que ce verset, ainsi que Romains 1:16, doivent être compris au sens littéral, il convient de souligner deux aspects importants : D’une part, on demandera beaucoup à qui l’on a beaucoup donné; ainsi, puisque nous savons que les prophéties et les alliances ont été données au peuple juif, en vertu donc de cette responsabilité, leur rejet a suscité un jugement sans précédent. Mais

Mais, la tribulation et l’angoisse qu’Israël a endurées pourraient-elles être liées au fait qu’elle a été chassée de l’église dès sa première implantation ? Où étaient les Juifs durant les 2 000 dernières années de l’histoire de l’Église ? Qu’est-il arrivé aux milliers de Juifs qui ont cru (Actes 2:41, 4:4) ? Qu’est-il arrivé aux centaines d’Ébionites et de Nazaréens ? Comment se fait-il que les croyants juifs en Jésus aient été totalement empêchés de participer à l’élaboration du Credo de Nicée ? Comment se fait-il que plusieurs déclarations faites par l’église à propos des juifs fussent de nature antisémite ?

Aujourd’hui, rares sont ceux qui, dans le milieu ecclésiastique, se rangent aux côtés d’Israël. Elle est de plus en plus isolée et ignorée, quoique les prophètes hébreux et Yéchoua ont évoqué la persécution terrible qu’elle subira pendant la Tribulation.

Ainsi donc, si la tribulation et angoisse (sont) sur le Juif, peut être que nous pouvons commencer à leur faire connaître le salut, en commençant par un seul Juif. Faisons fi de la mauvaise rhétorique et répondons au commandement avec amour.

 

Des paroles de réconfort

À l’opposé des souffrances prédites dans Romains 2:9, le Seigneur procure à Israël une grande compensation dans Ésaïe 40:2: Parlez au cœur de Jérusalem, et criez lui que sa servitude est finie, que son iniquité est expiée, qu’elle a reçu de la main de l’Éternel au double de tous ses péchés. Bien que ce passage ait pour objectif de consoler Israël et de lui montrer que l’exil babylonien prendra bientôt fin, il englobe également une période future où ses péchés seront couverts (son iniquité est expiée). Cette période se prolonge jusqu’à l’ère messianique, lorsqu’Israël sera doublement dédommagée pour toutes ses souffrances (elle a reçu de la main de l’Éternel au double). Comme il serait magnifique que les croyants non juifs de l’Église d’aujourd’hui puissent faire partie de cette promesse perpétuelle faite à Israël, en lui proclamant : “Oui, vos péchés sont maintenant couverts par la mort du Messie (Ésaïe 53), et Dieu accorde un avenir à la nation, car Il ne la délaissera jamais ni ne l’abandonnera (Deut. 31.8)!” C’est une façon pour nous de répondre au commandement de Dieu: Parlez au cœur de Jérusalem, c’est-à-dire ” Exprimez votre réconfort à Jérusalem “. Je ne suggère pas que tout le monde ait un vif chagrin et une tristesse continue pour Israël (Rom. 9.2), mais ne pouvons-nous pas commencer par partager l’Évangile avec un seul Juif ?

Notre conception du Juif peut être mieux appréhendée en examinant la parabole du trésor caché. On y croise le marchand qui a trouvé un trésor caché dans un champ (Mt. 13:44). Il le cache à nouveau jusqu’à ce qu’il vende tout ce qu’il a et revienne acheter le champ. Ce trésor caché, c’est Israël. Dans ce cas, comment devons-nous traiter le propre trésor de Dieu, Sa segulah (Ex. 19, 5), Son thesauros (Mt. 13, 44) ? Nous exprimons notre réconfort, en commençant par un seul Juif.

 

Le Dieu de quel peuple?

Lorsqu’on examine l’avenir d’Israël dans les prophéties bibliques, devrait-on négliger le rôle décisif que les Juifs joueront dans le retour ultime du Messie ? Non seulement 144 000 juifs élus contribueront à conduire des myriades de personnes à la foi pendant la Tribulation (Apoc. 7:1-8), mais les invocations des croyants juifs en faveur du retour de Yéchoua déboucheront sur l’avènement du royaume messianique (Mt. 23:37-39). L’importance cruciale de la nation d’Israël ne doit pas être négligée. Nous, les croyants, n’aurons pas l’occasion de conduire les Juifs à la foi pendant la Tribulation, car nous ne serons pas là. Cependant, nous pouvons commencer dès aujourd’hui à prêcher avant l’Enlèvement, en expliquant à tous ceux qui veulent bien écouter ce qui va bientôt se passer. Ceci, nous pouvons le faire en commençant par un seul Juif.

Au moins deux cents fois, le Dieu de la Bible est appelé le Dieu d’Israël. De toute évidence, la Bible est ce livre qui relate l’histoire des Juifs de la Genèse à l’Apocalypse et même au-delà. Même dans l’éternité, au ciel, le nom de chacune des douze tribus d’Israël est inscrit sur chacune des douze portes de la Nouvelle Jérusalem (Ap. 21:12). Ainsi, chaque fois que nous entrerons et sortirons du ciel, nous nous souviendrons d’Israël.

 

Un sabbat précoce

Il y a un dicton, une prophétie, dans le judaïsme orthodoxe, selon lequel si chaque Juif respectait comme il se doit un seul sabbat, alors ceci hâterait la venue du Messie [1]. Un parallèle intéressant peut être vu dans Romains 11:15: Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une vie d’entre les morts ? Lorsque tous les Juifs croyants lèveront les yeux vers le Messie, exprimant leur confession et leur acceptation de Yéchoua, Il reviendra. Une nouvelle vie jaillira et la malédiction sur la création commencera à disparaître. Imaginez si chaque croyant aujourd’hui devait chercher un seul Juif et exercer sa miséricorde envers lui, quel Sabbat cela représenterait !

 

Les chiffres comptent et aucun est trop peu

Statistiquement, la majorité des Juifs viennent à croire en Yéchoua principalement par le biais de croyants non juifs. Les non-juifs devraient se sentir très choyés d’avoir reçu la mission de rechercher les Juifs et de partager l’Évangile ! Ils ne doivent pas devenir juifs, mais rendre les Juifs jaloux de leur zèle et de leur connaissance du Messie juif.

Lorsque j’ai entendu parler de mon Sauveur pour la première fois, c’est par le biais d’un non-juif qui m’a montré Ésaïe 53. Ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’il était un non-juif et il en savait tellement plus que moi sur ma religion. Je suis devenu jaloux. C’était une jalousie saine, qui m’a finalement conduit à une connaissance salvatrice du Messie.

Paul a écrit dans Romains 11:11: Je dis donc : Est-ce pour tomber qu’ils ont bronché ? Loin de là ! Mais, par leur chute, le salut est devenu accessible aux païens, afin qu’ils fussent excités à la jalousie. À travers les Juifs, le salut est parvenu aux non-Juifs. Ceux-ci, à leur tour, peuvent amener le peuple juif à la foi en le poussant à la jalousie. Ce principe n’est pas dénué de bénédictions, car Dieu l’a promis: Je bénirai ceux qui te béniront (Gen. 12:1-3). Pourquoi les non-juifs ne bénéficieraient-ils pas de cette grande bénédiction en allant vers les juifs ?

Nous avons appris dans notre congrégation de Montréal que le fait d’aller au Juif premièrement englobe le fait d’aller dans toutes les nations du monde. Nous avons un groupe de croyants non juifs qui font du porte-à-porte chaque semaine, offrant des bibles en hébreu/anglais et en hébreu/français. Bien que ce ministère vise particulièrement des domiciles juifs, il arrive assez souvent que les membres de l’équipe rencontrent des non-juifs. Ils peuvent rencontrer un non-Juif dans la rue; l’aide-soignant ou l’ami qui répond à la porte de l’une de ces demeures juives peut être un non-juif. Parfois, l’équipe de sensibilisation a rencontré des non-juifs qui n’ont jamais enlevé la mezouzah du montant de leur porte, lorsqu’ils ont emménagé dans une maison qui appartenait auparavant à des Juifs. À cause de la mezouzah, l’équipe frappe à la porte, mais les occupants ne sont pas juifs. Dans tous les cas, l’équipe partage ouvertement et joyeusement l’Évangile avec les non-juifs. De par notre expérience, si vous cherchez des Juifs, vous finirez par trouver aussi des non-Juifs; ainsi, votre auditoire est donc plus large. Si vous ne recherchez que les non-juifs et excluez les juifs, votre auditoire est limité, de même que les éventuelles bénédictions qui accompagnent le ministère.

Aucun est trop peu. Et si vous commenciez par un seul Juif aujourd’hui ?

 

 

[1] Shemot Rabba 25:12; y. Ta’anit 1:10: « Bien que j’aie fixé un terme à la “fin”, que ça arrivera en son temps, qu’ils fassent ou non Téchouva… le rejeton de David (Machia’h) viendra s’ils observent un seul Chabbat, car le Chabbat est équivalent à toutes les mitzvot. »