Tous les deux.

Abraham a menti deux fois : Genèse 12. 10-20 et Genèse 20. 1-18.

Isaac a menti une fois : Genèse 26. 6-11.

 

Comment les rabbins ont-ils abordé ce problème ? Le fait que deux patriarches fondateurs, Abraham et Isaac, aient menti a mis de nombreux rabbins mal à l’aise et les a souvent conduits à proposer des explications.

 

Examinons quelques-uns de ces arguments.

 

Premièrement, des commentateurs comme Rashi, Rashbam et Ibn Ezra, soucieux de préserver la réputation d’Abraham, se sont concentrés sur Genèse 12. 13 : « afin que je sois heureux ». Ils ont avancé qu’Abraham avait demandé à Sarah de se faire passer pour sa sœur afin de recevoir des présents, car il était d’usage d’offrir des cadeaux aux proches d’une femme (cf. Genèse 24. 53 ; commentaire de Rashbam sur la Genèse).

 

Deuxièmement, Kimhi et Nahmanides ont adopté une approche plus directe, soutenant qu’Abraham avait agi par crainte pour sa vie, croyant qu’il risquait d’être tué à cause de la beauté de Sarah.

 

Si de nombreux commentateurs rabbiniques admettaient que Sarah était la sœur ou la demi-sœur d’Abraham, Nahmanides a exprimé des doutes. Il a fait remarquer que lorsque Pharaon a interpellé Abraham en lui demandant : « Pourquoi ne m’as-tu pas dit qu’elle était ta femme ? » (Genèse 12. 18), Abraham n’a pas répondu : « C’est vraiment ma sœur. » Même lorsque Pharaon dit : « Voici ta femme » (v. 19), Abraham garda le silence. Nahmanides en conclut que ce silence confirmait les soupçons de Pharaon quant à une possible tromperie.

 

Concernant Isaac, un commentateur, Abarbanel, s’est efforcé de défendre sa moralité, arguant que lorsqu’il disait : « c’est ma sœur », il voulait dire : « c’est ma parente », et qu’il ne mentait donc pas (Abarbanel, Commentaire sur Genèse 26. 7).

 

Que pouvons-nous tirer de cet échec répété ? D’après le Brit Chadashah, nous pouvons d’abord conclure qu’Abraham et Isaac ont failli non pas parce qu’ils étaient Juifs, mais parce qu’ils étaient humains (1 Corinthiens 10. 6 et 11).

 

Plus important encore, dans le contexte biblique plus large, ces deux épisodes démontrent que l’alliance de Dieu avec Abraham et Isaac est inconditionnelle, fondée sur la fidélité divine plutôt que sur le caractère humain. De même, le salut est un don de la grâce, et non le fruit du mérite.

 

Enfin, ces récits mettent discrètement en lumière la constance de Sarah et Rebecca, qui sont restées aux côtés de leurs maris sans protestation ni ostentation dans toutes les situations.