Nous arrivons maintenant au chapitre 7 du livre d’Esdras, et environ 57 ans se sont écoulés depuis le chapitre 6. Une nouvelle génération d’Israélites s’était élevé en Perse, mais par contre cette fois-ci, il s’agit d’un reste beaucoup plus restreint, environ 5 000 personnes. Ces derniers se rendaient également à Jérusalem. Ils sont envoyés pour aider les pionniers vieillissants qui étaient revenus dans le pays des décennies plus tôt. Mais ce qu’ils y trouvent est bien loin de la joie et de l’unité décrites au dernier verset d’Esdras chapitre 6. L’esprit festif s’est estompé et l’harmonie s’est brisée, le peuple s’étant éloigné de Dieu et de sa Parole.

 

Le prophète Malachie, qui exerçait son ministère à cette même époque, exprime une réalité qui donne à réfléchir : il y voit la corruption des sacrificateurs, l’indifférence du peuple et une nation au bord de l’infidélité à l’alliance. La survie même de l’identité et de la mission d’Israël est remise en question, car le Temple, bien que reconstruit, s’est vidé de son contenu à cause des compromis et de la négligence.

 

C’est précisément dans cette situation que s’ouvre le chapitre 7 du livre d’Esdras. C’est alors, à ce moment crucial, que le Seigneur suscite un homme de foi audacieux et intransigeant, le prophète Esdras, qui travaillera de concert avec Malachie. Son arrivée est tout simplement majestueuse. Son introduction remarquable vise à attirer notre attention sur les qualités qui ont fait son succès. Qu’est-ce donc qui définit le succès chez une personne, à son époque tout comme pour la nôtre ?

 

Permettez-moi d’abord de vous montrer comment le texte le présente. Lisons d’abord comment le premier verset hébreu d’Esdras 7.1 se lit ainsi : « Après ces événements, sous le règne d’Artaxerxès, roi de Perse, Esdras… » Il n’explique pas qui il est, mais son nom apparaît brusquement, comme si l’Histoire humaine l’attendait.

 

Après son nom, une courte généalogie le rattache à Aaron, le Souverain sacrificateur, comme pour signifier qu’au-delà de la corruption et du chaos, le Seigneur n’avait jamais oublié la promesse d’une lignée perpétuelle de sacrificateurs, pointant vers le Suprême Souverains sacrificateur, Yeshua Lui-même. Ce verset est donc comme une lueur d’espoir.

 

Mais qui était Esdras et comment en est-il arrivé à attirer l’attention de Dieu, puis à occuper une position aussi élevée ? Le verset 10 nous l’explique bien : « Car Esdras avait appliqué son cœur à étudier la loi de l’Éternel et à la mettre en pratique, et à enseigner ses statuts et ses ordonnances en Israël. » Remarquez les trois étapes données par l’Esprit de Dieu : étudier, pratiquer, enseigner. « Étudier », דָּרַשׁ (dāraš), signifie chercher avec soin, s’enquérir ou investiguer ; « Pratiquer », עָשָׂה (ʿāśâ), signifie vivre et faire. Et « enseigner » se dit לָמַד (lāmad). Il y a cependant un autre sens à ce mot : il signifie « frapper, donner un coup avec une verge », et c’est souvent ainsi que nous ressentons la Parole de Dieu lorsque nous nous égarons : non pas comme une punition sévère, mais comme une verge douce et corrective qui nous ramène sur le droit chemin.

 

Étudier, pratiquer et enseigner. Tel est l’ordre divin, et il est irréversible. Si quelqu’un désire enseigner, il doit d’abord devenir un étudiant de la Parole. Et avant d’instruire les autres, il doit vivre ce qu’il a appris. Malheureusement, beaucoup négligent l’étude et l’obéissance personnelle, et pourtant s’élèvent comme enseignants et leaders. Cela peut fonctionner dans le monde, où l’apparence et le charisme peuvent suffire, mais pas dans le royaume de Dieu, où l’intégrité et la fidélité sont les véritables références.

 

Ces trois qualités, étudier, pratiquer et enseigner, sont celles que Yeshua a soulignées à ses disciples lorsqu’il a commencé à annoncer la naissance prochaine de l’Église à travers les sept paraboles du Royaume dans Matthieu 13. C’est alors que le Seigneur a posé la question aux disciples : « Avez-vous compris toutes ces choses ? » et eux de répondre : « Oui, Seigneur » (Matthieu 13. 51). On peut raisonnablement douter de leur réelle compréhension. Leur confusion et leurs questions ultérieures révèlent que leur compréhension était loin d’être complète. Pourtant, ils ont dû saisir quelque chose lorsqu’au verset 52, Yeshua leur dit, tout comme à nous, « C’est pourquoi, tout scribe instruit de ce qui concerne le royaume des cieux est semblable à un homme qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. » (Matthieu 13. 52).

 

Que voulait-Il dire par là ? À l’époque, les scribes étaient les enseignants et les interprètes qualifiés des Écritures, les érudits de la Loi. Mais aujourd’hui, Yeshua redéfinit ce rôle et désigne ses disciples comme les nouveaux scribes du Royaume. Ils doivent puiser dans le trésor de la Parole de Dieu, apportant des vérités anciennes et nouvelles, c’est-à-dire tout le conseil de Dieu, pour enseigner et guider les autres dans la connaissance du Messie.

 

C’est aussi notre vocation. Nous sommes les nouveaux scribes. Notre rôle est de parler, expliquer et relier le passé, le présent et l’avenir à travers le prisme de la Parole de Dieu, pour conduire les gens à la connaissance salvatrice de Yeshua, le Messie, et pour les encourager et les fortifier. Remarquez que Jésus appelle la Parole de Dieu un trésor (en grec : thesauros), soit le même mot utilisé dans la parabole du trésor caché (Matthieu 13. 44). Il s’agit d’un bien d’une valeur inestimable.

 

Et qu’en est-il du « vieux » dans « choses nouvelles et anciennes » ? En grec, le mot palaios peut avoir une connotation négative ou positive selon le contexte. Il peut désigner quelque chose de démodé et usé, comme une vieille outre ou des vêtements en lambeaux, ou quelque chose de durable et riche, comme un vin vieilli ou les vérités éternelles que nous trouvons dans notre Bible.

 

Nous sommes donc désormais les nouveaux scribes, disciples de Yeshua, chargés de sa Parole, que nous devons révéler avec audace, sagesse et fidélité. Nous ne devons pas la conserver, mais la proclamer. Nous ne devons pas l’admirer de loin, mais la vivre et la partager. Telle est notre vocation. Tel est notre privilège. Nous sommes devenus les gardiens et les donateurs des trésors du Royaume. Nous sommes les Esdras d’aujourd’hui.

 

Quels sont donc les avantages d’être un Esdras ? Nous en voyons un premier, au verset 6, où il est dit que le roi lui a accordé tout ce qu’il demandait. Parce qu’Esdras avait fait de la recherche et de la connaissance du Seigneur et de Le servir sa priorité, Dieu transforma même ses ennemis en alliés. Le roi de Perse, sous le règne duquel Esdras vécut en captivité, lui accorda tout ce qu’il demandait et bien plus encore, comme nous le verrons. Quelle bénédiction remarquable que d’avoir vu le roi lui-même si profondément impressionné par Esdras !

 

 Et la raison nous est donnée concernant Esdras. Voyons les derniers mots du verset 6 : « Car la bonne main de son Dieu était sur lui. » C’est la première des six fois où, dans le livre d’Esdras, nous lisons que la main de Dieu était sur cet individu. Ici, en 7. 6, alors qu’Esdras préparait son départ de Jérusalem, le roi démontra son amour pour lui. En 7. 9, alors qu’il planifiait son difficile voyage vers Israël, il reconnut la main de Dieu sur lui. En 7. 28, Esdras pria, bouleversé par la présence de Dieu auprès de lui et d’Israël. En 8. 18, il remercia le Seigneur d’avoir amené les Lévites en Israël, car ils étaient difficiles à trouver. En 8. 22, Esdras pria et implora la protection du Seigneur tout au long de son voyage vers Israël, car il transportait une très grande quantité d’or et d’argent, et de nombreux voleurs se trouvaient sur la route. Et finalement, en 8. 31, une fois en Israël, Esdras remercia Dieu pour sa sollicitude constante, sa protection et sa main sur Israël.